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“Je guettais l’opportunité”: Le Scouarnec décrit le mode opératoire des viols sur son entourage

Le pédocriminel Joël Le Scouarnec a raconté vendredi à la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, la manière dont il commettait des violences sexuelles sur des enfants de son entourage, dans le silence et à côté de sa propre famille.Amie des fils de l’accusé, S. a raconté à la cour des souvenirs enfouis en elle depuis plus de trente ans, au début des années 1990, lorsque sa famille était souvent invitée par celle du médecin, alors âgé de 40 ans et en poste à Loches (Indre-et-Loire).Une première fois, à six ans, Joël Le Scouarnec l’emmène dans une chambre et la “viole”, tandis que l’épouse du chirurgien et la mère de sa victime parlent dans le salon.Quelques semaines plus tard, S. se rend aux toilettes, le médecin la suit et lui impose une pénétration digitale. Peu après, il tente à nouveau de l’isoler mais S. s’échappe et “court vers (sa) maman.”Dans le box, Joël Le Scouarnec oublie le prénom de sa victime mais, pour une fois, se souvient précisément de ce qu’il nomme “l’épisode des toilettes”.”Je profitais du fait qu'(un de mes fils) amenait des camarades (à la maison) pour en abuser”, dit-il.Ce jour-là, “je guettais l’opportunité du moment propice et là, j’ai vu la petite S. aller aux toilettes, je me suis dirigé vers les toilettes pour commettre les actes tels que je les ai écrits.”Depuis le début de son procès le 24 février, l’accusé justifie par sa “mémoire sélective” l’absence de souvenirs concernant les violences sexuelles qu’il a infligées à ses victimes, malgré leur longue description dans son journal intime.Questionné par la présidente Aude Buresi, qui souligne la rareté d’un souvenir aussi précis de la part de l’accusé, il admet avoir “commis ces gestes sur elle”, reconnaît “l’avoir violée.”Il détaille ensuite la manière dont, en parlant le moins possible lors des faits, il espérait astreindre les enfants au silence.”Est-ce que j’aurais pris le risque de dire à un enfant: +Surtout tu ne dis rien+? Ça aurait majoré le risque, je voulais que ce que je faisais paraisse naturel. Dire à l’enfant: +Tais-toi, c’est un secret, il faut pas le dire+, ça m’aurait paru maladroit.””Je ne pensais qu’à moi (…) “Ce qui m’intéressait, c’était de satisfaire mon désir, mon impulsion pédophile”, a-t-il souligné évoquant son “sentiment d’impunité” et ses déjà nombreuses victimes à l’époque.

Cheffes d’entreprises : pas de parité avant 2075, estime la Banque de France

La féminisation de la fonction de dirigeant d’entreprise progresse lentement, au point qu’au rythme actuel, il faudra cinquante ans pour atteindre la parité, soit 2075, selon une étude publiée vendredi par la Banque de France.En 2023, expliquent les experts de l’Observatoire des Entreprises de la banque centrale française, les femmes représentaient 52% de la population française, 49% de la population active, mais seulement 25% des dirigeants d’entreprise, et même 17% pour les plus grosses structures (entreprises de taille intermédiaire — ETI — et grandes entreprises).Il y a vingt ans, elles n’étaient que 5% à diriger de telles entreprises. “À ce rythme, il faudrait encore cinquante ans pour atteindre la parité dans les microentreprises, et encore davantage dans les plus grandes structures”, estiment Nicoletta Berardi et Benjamin Bureau, auteurs de l’étude.Le secteur d’activité joue beaucoup : seules 4% et 10% respectivement des entreprises de construction et de transport sont dirigées par des femmes, contre 35% pour les entreprises du secteur enseignement-santé-action sociale et 46% des entreprises de services liés à l’art, au spectacle et aux activités récréatives.La loi Rixain de 2021 prévoit qu’en mars 2026, 30% de femmes devront siéger dans les comités exécutifs.”On ne sera pas prêts”, estimait fin janvier le président du Medef Patrick Martin, observant qu’il y a en effet “des métiers genrés”.”Les femmes doivent franchir plus de barrières que les hommes pour devenir dirigeantes”, notamment des contraintes familiales plus pesantes, remarque l’étude.Une enquête de Bpifrance en 2022 montrait ainsi que 37% des conjoints de dirigeantes ne s’occupaient pas de la gestion quotidienne du ménage et des enfants, contre seulement 14% des conjointes de dirigeants.Partant du principe que “la distribution des talents est identique” entre hommes et femmes, les auteurs relèvent que ces “barrières” sont “de nature à priver l’économie française de dirigeantes talentueuses”, au profit de “certains dirigeants masculins moins compétents”.Ce problème, qui concerne plus généralement “l’accès des femmes et des minorités au marché du travail”, peut avoir “un impact macroéconomique potentiellement majeur”, selon eux.En 2019, rappellent-ils, une étude dirigée par l’économiste Chang-Tai Hsieh avait montré qu’entre 1960 et 2010, 30% de la croissance économique des États-Unis était venue de la baisse des discriminations à l’encontre des femmes et des minorités.

Au tribunal, colère et détresse de l’influenceuse Magali Berdah contre Booba

L’influence Magali Berdah a exprimé vendredi sa colère et sa détresse face au harcèlement qu’elle reproche à Booba, à l’occasion d’une audience où ses avocats ont demandé au tribunal correctionnel de Paris la condamnation du rappeur pour procédure abusive.Booba s’est désisté vendredi de poursuites en diffamation qu’il avait engagées contre l’ex-reine des influenceurs, qui visaient des messages et une interview fin mai 2022 où elle dénonçait le harcèlement dont elle fait l’objet.En croisade contre ceux qu’il appelle les “influvoleurs”, le rappeur a été mis en examen fin 2023 pour cyberharcèlement et 28 personnes ont été condamnées en mars dernier à Paris pour avoir harcelé Magali Berdah “en meute”.Devant la 17e chambre, les conseils de Magali Berdah s’en sont violemment pris au désistement tardif de Booba, signifié moins de trois jours avant l’audience de vendredi, prévue depuis un an, et aux poursuites en diffamation elles-mêmes.”C’était pour la faire taire, l’empêcher d’exprimer sa détresse”, a dénoncé Me Rachel-Flore Pardo, dénonçant une “procédure bâillon”, une “pure instrumentalisation de la justice”.”Elle s’est préparée psychologiquement à comparaître devant vous”, a plaidé l’avocate, réclamant 50.000 euros.”Cet homme est un lâche et il manipule la justice française”, a accusé son confrère Antonin Gravelin-Rodriguez, fustigeant un Booba qui serait “à Miami, dans sa piscine” et “refuse de venir soutenir cette accusation devant vous”.L’avocate de Booba, Me Marie Romiantseva, a demandé au tribunal de rejeter les demandes de la partie adverse, soulignant que “l’action en justice elle-même n’est pas abusive”, “il faut qu’elle dégénère en un abus de droit”, “il faut démontrer une faute lourde et que cette faute lourde ait créé un préjudice”.Selon elle, Magali Berdah “utilise le nom” de son client “pour se faire de la pub”.”On vous demande des dommages et intérêts punitifs, ça n’existe pas en droit français”, a-t-elle poursuivi, “il n’y a la démonstration d’aucun préjudice”.Invitée à prendre la parole, Magali Berdah s’avance à la barre et juge “gonflé de parler de différend”, “le harcèlement n’est pas un différend”.”J’ai dû me battre pour ne pas me suicider”, poursuit-elle, la voix étranglée par les sanglots, expliquant avoir fait l’objet d’une fausse “sex tape” et avoir été accusée de “tout et n’importe quoi”.”Il n’y a pas à humilier les gens comme ça, tout ça parce que j’ai supplié un homme de s’arrêter”, lance-t-elle. “J’ai tout perdu”, “qu’il se les garde ses frais, ça me dérange pas”.Jugement le 15 mai.

Un gain de 4 millions d’euros au loto au coeur du procès du “Petit Bar”

Un gain de plus de quatre millions d’euros au Loto par le beau-frère de Jacques Santoni, chef présumé du “Petit Bar”, aurait-il aidé cette bande criminelle corse à blanchir une partie de son argent sale ? L’accusation le pense, lui plaide “la chance”.Au total, ils sont 24 prévenus au procès du réseau de blanchiment supposé des dizaines de millions d’euros du pactole du “Petit Bar”, ouvert le 24 février devant le tribunal correctionnel de Marseille et prévu pour durer jusqu’au 16 mai. Parmi eux, Jean-Laurent Susini, 42 ans.”J’avais de la chance”, a expliqué vendredi le quadragénaire, soupçonné d’avoir fait bénéficier sa sœur Sonia, à l’époque épouse de Jacques Santoni, de son gain de 4.115.700 euros.Le 24 novembre 2018, à 08h52, cet agent d’assurances, adepte des jeux et des paris sportifs, valide dans un tabac du Cours Napoléon à Ajaccio une grille gagnante de Loto. A l’entendre, il aurait joué ses numéros fétiches, sa date de naissance, celles de sa sœur, de sa compagne et de ses neveux.Expliquant qu’il joue traditionnellement pour le compte de sa sœur Sonia Susini et de lui-même, le gros lot est donc partagé entre eux deux. Soit un peu plus de deux millions d’euros de la Française des Jeux qui tombent comme une aubaine, selon l’accusation, offrant un moyen inespéré au couple Jacques Santoni et Sonia Susini de justifier son train de vie luxueux et sa vie de palace sans rapport avec leurs ressources officielles.”Si vous êtes le seul gagnant et que vous partagez avec votre sœur, en contrepartie de rétrocessions de la part de Jacques Santoni, c’était pour eux un moyen de justifier leur train de vie ?”, lance au prévenu la présidente du tribunal, Patricia Krummenacker. – Un “cadeau” jamais remboursé ? -“Il n’y a jamais eu de protocole passé avec Jacques Santoni”, répond Jean-Laurent Susini, malgré l’accord qui se dessine entre les deux hommes à travers les sonorisations et les interceptions téléphoniques réalisées par les enquêteurs. En déclarant sa sœur co-gagnante, Jean-Laurent Susini aurait-il reçu la promesse d’un retour en espèces, pour compenser un gain qui aurait dû lui revenir intégralement ? La Française des Jeux a en tous cas attesté que Jean-Laurent Susini, avec 50 petits gains auparavant –pour un total de 34.000 euros–, était un joueur habituel, ce qui n’était pas le cas de Sonia Susini. Des conversations téléphoniques tumultueuses entre le frère et la sœur évoqueraient ce “cadeau”, et, pour l’accusation, ces  disputes seraient en fait la conséquence du non-respect de sa promesse de rétrocession par Jacques Santoni.Comme d’autres membres du premier cercle du “Petit Bar”, Jean-Laurent Susini aurait été présent lors d’opérations de comptage d’espèces, avec des bruits caractéristiques de machines à compter les billets. “Vous me parlez d’un bruit de meuble il y a sept ans, qu’est-ce que je peux vous dire ?”, oppose-t-il à la lecture des multiples sonorisations d’appartements. Le 24 juin 2020, à son arrivée à Ajaccio, les douanes avaient retrouvé 18.500 euros dans sa valise.Alors que l’accusation suppose un transport d’espèces en Corse pour le compte du “Petit bar”, Jean-Laurent Susini parle lui du “déménagement de son bas de laine”, les clés de son appartement parisien devant être rendues.”Il n’y a pas beaucoup de Français qui ont un bas de laine de 18.500 euros, commente la présidente du tribunal.”Il n’y a pas beaucoup de Français qui ont gagné au Loto”, rétorque Jean-Laurent Susini. Sa sœur sera interrogée lundi.

A close-up of a stack of newspapers resting on a desk, symbolizing information and media.

Cinéma: une société de production jugée pour la destruction de nids de flamants roses

Une amende de “80.000 à 100.000 euros” a été requise vendredi à l’encontre de la société productrice de “Donne-moi des ailes”, accusée de la destruction de 520 œufs de flamants roses pendant le tournage en Camargue du film du réalisateur Nicolas Vanier.Le tribunal correctionnel de Nîmes, où l’affaire était jugée vendredi, a mis sa décision en délibéré au 11 avril.Aventurier, écrivain et cinéaste, Nicolas Vanier s’était vu confier par la société de production parisienne Radar Film la réalisation de “Donne-moi des ailes”, qui a fait 1,5 million d’entrées en 2019.Une partie du tournage avait eu lieu en Camargue gardoise (sud) au niveau des Salins du Midi, au cœur d’une zone Natura 2000 abritant le seul site de nidification en France des flamants roses.Les 6 et 7 juin 2018, deux ULM de la production avaient survolé à basse altitude quelque 8.000 flamants roses en pleine période de couvaison. Effrayés, les oiseaux s’étaient envolés, détruisant leurs nids dans la panique et abandonnant les œufs. Environ 520 œufs, soit près de 11,5% de la reproduction annuelle en France de cette espèce protégée, avaient ainsi été perdus.Après six ans d’enquête, la société Radar Film, représentée par son dirigeant, Matthieu Warter, devait répondre vendredi de la “destruction non-autorisée d’œuf ou de nid”, “d’atteinte à la conservation” et de “perturbation volontaire” d’une espèce animale protégée.Le réalisateur Nicolas Vanier, le pilote de l’ULM qui s’était le plus approché des oiseaux, et le directeur de la photographie, qui se trouvait à bord, ont bénéficié d’un non-lieu.Dans son réquisitoire, le procureur a souligné le “défaut d’organisation” de Radar Film et sa “méconnaissance” des enjeux environnementaux”, alors qu’ils en avaient été largement avertis par diverses autorités et associations. Estimant notamment que les pilotes n’avaient pas été correctement informés. le magistrat a requis une amende de “80.000 à 100.000 euros” contre la société.”Cette histoire est à l’antipode de l’ADN de ce pour quoi je fais des films depuis 15 ans”, a plaidé M. Warter, dont les productions mettent à chaque fois en exergue un enfant et des animaux. Précisant ne jamais avoir voulu filmer les flamants roses, le producteur a rejeté la responsabilité de l’incident sur l’un de ses prestataires, un des deux pilotes d’ULM, le décrivant comme “un jeune homme très fier de son très bel ULM et qui, malheureusement, a fait du zèle”.”Qu’on ne vienne pas me dire qu’on n’avait pas la volonté de filmer les flamants roses. On ne fait pas de films sur les oiseaux en Camargue sans filmer les flamants roses”, a répliqué pour les parties civiles Isabelle Vergnoux, avocate de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).Au total, plus de 400.000 euros de dommages moraux et de dommages environnementaux ont été réclamés à Radar Film par sept ONG. 

Neuf ans de prison pour un instituteur ayant agressé sexuellement 25 enfants

Un instituteur de 56 ans a été condamné vendredi par le tribunal judiciaire de Mulhouse (Haut-Rhin) à neuf ans de prison pour des agressions sexuelles sur 25 enfants perpétrées entre 2004 et 2023 dans des écoles de petites communes alentour.Eric Binsinger, qui encourait dix ans de prison, a également l’interdiction définitive d’exercer un métier ou une activité en contact avec des mineurs.Les attouchements auraient débuté en 2004, mais la première plainte n’a été déposée que début 2023 après qu’une mère de famille a lu le journal intime de sa fille. Dans ce carnet, l’écolière écrivait que son maître lui avait mis la main dans la culotte, sur le sexe. La maman avait dénoncé les faits auprès de la directrice de l’établissement. L’information est remontée au niveau académique et un signalement a été fait auprès du procureur de la République de Mulhouse.L’instituteur, marié deux fois et père de quatre enfants, avait officié à Oderen, Geishouse et à Moosch (Haut-Rhin). Il encadrait aussi bénévolement une aide aux devoirs à la Maison des associations de Moosch. Très apprécié dans les villages où il a été en poste, il instaurait un climat de “famille” dans ses classes et avait noué des liens d’amitié avec certains parents. Le quinquagénaire était également actif dans le monde associatif et s’occupait de jeunes dans un club de tennis de table des environs.En 20 ans d’exercice, au moins 25 victimes ont été recensées, 24 filles et un garçon.Les enquêteurs ont par ailleurs découvert près de 42.000 fichiers à caractère pédopornographique dans le disque dur d’un ordinateur de l’école et 93.000 au domicile de l’instituteur, dont une cinquantaine de films téléchargés sur des plateformes interdites.Le prévenu a reconnu une partie des faits mais en a contesté d’autres: “J’étais dans une certaine toute-puissance et cette toute-puissance m’autorisait à faire tout et n’importe quoi”, a-t-il déclaré à la barre.”Vous devez juger un prédateur sexuel qui a commis des attouchements sur de jeunes victimes âgées entre 7 et 9 ans”, a souligné le procureur Nicolas Heitz, insistant sur un risque élevé de récidive et requérant une peine de neuf ans d’emprisonnement.”Aujourd’hui il a fini par reconnaître et a entrepris un véritable travail psychologique sur lui. Il se soigne”, a plaidé en défense Me Magali Spaety.

Au procès des otages de l’Etat Islamique, Abdelmalek Tanem ou “Abou Embrouille”

Abdelmalek Tanem est l’autre accusé, au procès des otages de l’Etat islamique, à être soupçonné d’avoir été l’un des geôliers de journalistes et humanitaires détenus en Syrie en 2013. Mais contrairement à son voisin de box Mehdi Nemmouche, personne ne se souvient de lui.Les ex-otages ont évoqué à la barre les “kounya” (nom de guerre) de leurs geôliers. Les vraies – Abou Mohamed, Abou Obeida, Abou Omar… -, et celles qu’ils inventaient pour s’amuser, comme Abou Claquettes, ou Abou Muscles.Et là, ce vendredi devant la cour, Abdelmalek Tanem c’est vraiment “Abou Embrouille”, lance vendredi l’ex-otage Didier François. Debout dans le box, l’accusé de 35 ans, costaud dans son t-shirt blanc, crâne rasé, grosse barbe fournie, répète mollement depuis le début de son interrogatoire que “franchement”, il “sait pas”.Il a effectivement rejoint la Syrie en 2013 (il a déjà été condamné pour ça), il a bien été le garde du corps de plusieurs “émirs” du groupe Etat islamique, et en collocation avec l’un des chefs de la détention des otages, Salim Benghalem (jugé en son absence car présumé mort). Il a même dormi dans les sous-sols de l’hôpital ophtalmologique d’Alep, où étaient retenus les Occidentaux.Mais jure qu’il ne les a jamais croisés.”Je vais être honnête avec vous, j’ai du mal à le concevoir”, lui dit le président Laurent Raviot, qui n’en tirera rien, malgré la succession de “faits têtus” et de pièces de “puzzle” de l’enquête qu’il lui présente.Le magistrat fait diffuser aux écrans de la cour d’assises spéciale la vidéosurveillance de l’hôpital d’Alep, à l’époque continuellement hanté par les cris de détenus syriens torturés à mort, selon les récits des ex-otages.On y voit un prisonnier, menotté, yeux bandés. Deux hommes s’en approchent: Abou Obeida, l’un des responsables des otages, et son “garde du corps” Abdelmalek Tanem, mains dans les poches, l’air débraillé dans son survêtement, Kalachnikov en bandoulière, cheveux hirsutes sur un crâne dégarni.- “Mémoire sélective” — Vous saviez que c’était une prison ?- Spécifiquement, non.- Vous n’avez pas l’air surpris d’être là…- Moi ce que j’interprète, c’est que je suis là malgré moi.Se souvient-il de ce prisonnier aux yeux bandés ? “Non”.”Vous avez des problèmes de mémoire ou la mémoire sélective ?”, demande le président. “Je sais pas, peut-être que comme j’ai vécu des choses, j’ai du mal à me rappeler”.  “Ou alors vous êtes complètement de mauvaise foi”, rétorque le magistrat dont on sent poindre l’agacement.Il appelle tour à tour à la barre les trois ex-otages présents, les journalistes Didier François, Pierre Torres et Nicolas Hénin. Ils confirment ne reconnaître ni le visage ni la voix de l’accusé debout dans le box.”Pendant les nombreux interrogatoires que j’ai eu avec Abou Obeida, évidemment il y avait des gens autour de lui en permanence, mais j’étais concentré sur Abou Obeida car c’était le patron, c’est de lui que dépendait ce qui allait m’arriver après”, explique Didier François.Alors non, il ne peut pas identifier cet homme. Mais n’achète pas une seconde ce numéro d'”Abou Embrouille” qu’il a servi à la cour, ajoute-t-il.Comment aurait-il pu être le garde du corps du “patron de la taule dans laquelle on était” et ne rien savoir ? Et comment peut-on avoir en face de soi “quelqu’un qui a un bandeau sur la figure, qui est menotté alors que vous avez une Kalach’, et ne pas se poser la question une demi-seconde de ce que l’on fait ?”, s’emporte Didier François. “Mais allez-y, continuez comme ça !”, lance-t-il, tourné vers Abdelmalek Tanem qui le regarde sans ciller. Le président donne la parole à l’accusé. Il ne sait pas quoi répondre à ces “attaques” – “+Abou embrouille+, c’est un peu m’attaquer..”, précise-t-il. “Y a des moments, faut assumer”, balaie Didier François. Parce que rapport au rôle qu’on lui prête en Syrie, “Abou Embrouille c’est léger”. Je vais même pas parler”, rétorque l’accusé résigné. “Bah oui c’est un peu le sujet”, grince l’ex-otage.  

Manifestation contre la possible fermeture du consulat américain à Strasbourg

“C’est notre maison mère”: une manifestation contre une possible fermeture, sur ordre de l’administration Trump, du consulat américain à Strasbourg, a rassemblé vendredi une soixantaine de personnes, inquiètes de perdre une institution installée dans la ville depuis 1866.Sur le trottoir opposé au consulat, les manifestants, arborant pour certains le drapeau américain, ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: “Don’t abdandon US Citizens in Strasbourg” (N’abandonnez pas les citoyens américains à Strasbourg), “Consulates make America Great” (Les consulats font la grandeur de l’Amérique), “Russia + China will fill the vacuum” (Russie+Chine rempliront le vide) ou encore “Old friends Matter” (Les vieux amis comptent).Des médias américains ont rapporté ces derniers jours les plans éventuels de l’administration de Donald Trump de fermer plusieurs consulats en France pour réaliser des économies, dont celui de Strasbourg, où travaillent sept personnes. Mais aucune décision n’a été confirmée dans l’immédiat.”Je suis consternée”, déclare à l’AFP Emma Krasnopoler, 27 ans, historienne de l’architecture. “Ce consulat représente plus de 150 années d’amitié entre Strasbourg et les Etats-Unis. Ca représente aussi la protection des intérêts des entreprises américaines à Strasbourg et en Europe, et des relations diplomatiques et amicales avec l’Union Européenne. C’est très important.”Plusieurs manifestants s’inquiètent du maintien de certains partenariats, notamment universitaires, en cas de fermeture du site.”C’est une présence rassurante, je peux vous dire que c’est important pour les étudiants et leurs parents aux Etats-Unis de savoir qu’il y a cette présence ici”, dit Alex Neff, responsable du programme d’échanges universitaires “Access Study Abroad”.Plusieurs élus se sont joints à l’événement pour défendre le maintien des liens entre les Etats-Unis et la région, mais aussi avec les institutions européennes qui siègent à Strasbourg.”Le consulat américain est un acteur-clé de notre dynamique internationale, facilitant les échanges diplomatiques et économiques, et son départ pourrait avoir des répercussions non négligeables en termes de liens internationaux tissés de longue date entre les États-Unis et le Conseil de l’Europe”, a réagi dans un communiqué la maire de la ville, Jeanne Barseghian (EELV).Cette possible fermeture “est une menace pour nos relations diplomatiques et économiques”, a également déclaré sur LinkedIn Franck Leroy, président de la région Grand Est. “Avec d’autres élus, je me mobilise pour son maintien.””L’information change: Strasbourg est sur la liste, parfois oui, parfois non. Ce qu’on sait, c’est que Marseille reste ouvert, même si cette liste risque de changer”, indique Vivianne Beller, vice-présidente de l’association Alsace Etats-Unis.”C’est notre maison mère. C’est un réseau, ce n’est pas que pour les passeports”, se lamente-t-elle. “C’est un acteur de la vie politique, associative, des affaires. Et c’est aussi des amis qui pourraient se faire virer du jour au lendemain.”A Bordeaux, où le consulat est aussi sur la sellette, le maire (EELV) Pierre Hurmic s’est entetenu mercredi avec le consul général des Etats-Unis, Hector Brown. Ce dernier a remercié le maire de son soutien et de sa mobilisation pour le maintien du consulat général dans sa ville.Il a également transmis la position officielle du Département d’Etat, ainsi formulée: “Nous continuons d’évaluer notre posture globale dans le monde entier pour nous assurer que nous sommes le mieux placé pour relever les défis actuels au nom du peuple américain”.

Reprise du trafic dès 18H à la gare du Nord, paralysée par la découverte d’un vieil obus

Le trafic doit reprendre “progressivement” vendredi à partir de 18H à la gare du Nord de Paris, paralysée après la découverte dans la nuit à Saint-Denis d’une bombe de 500 kg de la Seconde guerre mondiale, a annoncé le ministre des Transports Philippe Tabarot.”Les opérations” de déminage “sont enfin terminées, elles se sont passées dans de bonnes conditions”, a déclaré le ministre à la presse depuis le centre national des opérations ferroviaires peu après 16H.”Elles ont demandé la mobilisation de beaucoup de moyens: près de 300 policiers étaient mobilisés pour pouvoir sécuriser le périmètre, des écoles ont été évacuées, des personnes ont été confinées. […] Nous ne pouvions pas faire autrement”, a-t-il ajouté.Il a souligné que “ce n’était pas une opération anodine”. “Une bombe de 500 kilos avec 200 kilos d’explosifs à l’intérieur, c’est assez rare. On est ravis et soulagés que tout ceci soit terminé”.”L’autoroute A1 été rouverte immédiatement. A partir de 18H, progressivement le plan de transport va reprendre, toute la partie nord de notre pays a été paralysée. L’objectif est de pouvoir être le plus près possible à partir de 18H, et plus sûrement à partir de 20H, du plan de transport habituel qui aurait dû se tenir sans cet événement exceptionnel”, a mis en avant M. Tabarot.”Demain matin, l’objectif c’est qu’on soit sur un plan de transport tout à fait normal”, a précisé à ses côtés le PDG de SNCF Réseau Matthieu Chabanel.”Pour les TER, RER et Transiliens, il n’y aura pas le même nombre de trains que d’habitude”, a-t-il prévenu, estimant “qu’une matinée en gare du Nord, c’est habituellement de l’ordre de 300.000 voyageurs sur TER et RER, et 15.000 sur trains longue distance”.Aucun TGV, Eurostar, RER ni TER ne circule depuis vendredi matin à la gare du Nord, l’une des premières d’Europe.Tous les trains Eurostar en provenance et à destination de Paris sont annulés, a indiqué l’entreprise ferroviaire franco-britannique, qui prévoit, en revanche, un trafic normal samedi.Dans le hall de la gare du Nord, du côté du RER, les voyageurs sont désabusés, a constaté un journaliste de l’AFP. “C’est pas de chance si cela vous arrive, mais je ne veux pas monter dans un train qui passe sur une bombe de la Seconde Guerre mondiale qui n’a pas explosé”, a jugé auprès de l’AFP Owen Pritchard, touriste qui tente de rentrer au Royaume-Uni, mais dont l’Eurostar a été annulé.C’est au cours de travaux réalisés dans la nuit de jeudi à vendredi que l’engin explosif de 500 kg a été découvert, à 2,5 km de la gare du Nord. La bombe était située à environ 200 m au nord du boulevard périphérique parisien. Deux cents riverains ont été évacués par la police, a indiqué le préfet de Seine-Saint-Denis, qui avait demandé aux habitants de Saint-Denis et Saint-Ouen qui habitent à moins de 500 m du lieu de la bombe de se confiner.Une partie du boulevard périphérique et de l’autoroute A1 avait également été fermée pendant l’opération de déminage, selon la préfecture de police de Paris.La ville de Paris, en lien avec la préfecture de police, a d’ailleurs décidé de ne pas activer pendant l’après-midi la voie réservée au covoiturage sur le périphérique. – Les cars “pris d’assaut” -Marion, 43 ans, qui devait se rendre à Londres pour rendre visite à des amis, raconte avoir essayé de se rabattre sur un vol. “Mais c’est hors de prix, et puis de toute manière, on ne peut même pas aller à l’aéroport Charles-de-Gaulle” du fait de l’arrêt de la circulation du RER B vers le Nord, se désole-t-elle.La SNCF invitait les usagers à “reporter leur voyage”. Le RER B est reporté à la Plaine-Stade de France et à Aulnay-sous-Bois, tandis que les lignes K et H sont respectivement reportées à Mitry et à Saint-Denis.Des trains à destination de Lille, Dunkerque et Valenciennes sont reportés gare de Lyon à Paris, précipitant de nombreux voyageurs dans les bouches du métro.Certains voyageurs se sont également redirigés vers les cars longue distance : l’opérateur Flixbus s’est dit “pris d’assaut” depuis l’interruption du trafic, affichant complet sur ses lignes de car entre Paris et Bruxelles, Londres et Amsterdam.Ce n’est pas la première fois que la découverte d’une bombe de la Seconde guerre mondiale vient paralyser le réseau ferroviaire à Paris. En 2019, un obus retrouvé dans les Hauts-de-Seine avait interrompu le trafic entre la gare de Saint-Lazare et la proche banlieue ouest de Paris.La gare du Nord est l’une des plus fréquentées d’Europe, avec plus de 226 millions de voyageurs en 2023, selon les chiffres de la SNCF.hrc-amb-max-tq/uh/ab

L’uniforme à l’école, une expérimentation déjà passée de mode?

Lancée à grands renforts de communication, l’expérimentation de l’uniforme à l’école, qui concerne moins d’une centaine d’établissements sur toute la France, est abandonnée par certaines collectivités qui anticipent un désengagement de l’Etat accaparé par d’autres priorités budgétaires.Fast fashion? La “tenue unique” à l’école, dont plusieurs personnalités politiques comme l’ex-Premier ministre Gabriel Attal ou Emmanuel Macron anticipaient déjà la généralisation en 2026, s’effiloche déjà.”Nous avons été les premiers à dire oui, nous avons financé, nous avons expérimenté dans deux de nos lycées avec des tenues Made in France”, avance le président de la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier. “Mais sans visibilité sur un éventuel soutien de l’État, il aurait été irresponsable d’engager 44 millions d’euros, soit le prix d’un lycée neuf, pour une généralisation dans tous nos lycées régionaux.”Les polos bleu marine du Lycée Jean d’Ormesson à Châteaurenard (Bouches-du Rhône) vont donc être bientôt remisés, tout comme ceux du lycée Les Palmiers à Nice. Coût pour la région: 500.000 euros.A Balma, en banlieue toulousaine, l’expérimentation aussi ne tient plus qu’à un fil. “Il est fort probable que nous ne renouvelions pas l’expérimentation en septembre prochain”, a déclaré le maire Renaissance, Vincent Terrail-Novès, à France 3 Occitanie. “Le gouvernement revient sur ses engagements (…) L’État cocufie les communes, la communauté éducative et les parents d’élèves avec qui nous avions parfaitement collaboré.”A ce stade, l’expérimentation de l’uniforme est co-financée par les collectivités volontaires et l’Etat, le ministère de l’Education nationale puisant dans les crédits alloués au CNR éducation, un projet porté par Emmanuel Macron pour faire émerger des dispositifs de terrain innovants.Le budget 2025, s’il a relativement épargné l’Education nationale, impose cependant au ministère de veiller à ses dépenses. – “On continue” -“L’État a tenu ses engagements pour l’année scolaire 2024/2025. Le budget de l’expérimentation pour l’année scolaire 2024/2025 prévoyait la mise en place du financement de 50% de la part des tenues des élèves (jusqu’à 100 euros maximum)”, souligne le ministère, interrogé par l’AFP.”L’expérimentation est en cours et des premiers bilans sont attendus à la fin du mois d’avril”, poursuit la rue de Grenelle. “Au regard de ces bilans, le ministère réallouera, le cas échéant, sa part des crédits nécessaires au financement d’une suite de l’expérimentation.”   Annoncée à l’automne 2023 par Gabriel Attal durant son passage éclair à l’Education nationale, l’expérimentation de la “tenue unique”, concernait à la rentrée 2024 environ 90 établissements scolaires, moins que la centaine initialement prévue.Promue comme un moyen d’atteindre “l’égalité sociale” par une partie de l’ex-majorité présidentielle, la “tenue unique” a été présentée comme un remède susceptible d’améliorer globalement “le climat scolaire”.Si des sondages ont montré qu’une majorité de Français était favorable au “rétablissement” de l’uniforme, qui n’a cependant jamais été obligatoire à l’école française, une bonne partie des acteurs de l’Education nationale, syndicats enseignants en tête, s’insurgent contre un “gadget” perçu comme un clin d’oeil aux propositions de la droite ou du RN. Celui-ci a épinglé l’abandon de l’expérimentation en Sud Paca.En dépit des incertitudes sur le financement, des collectivités affirment maintenir le cap mais la prudence est de mise.”A ce stade on continue”, indique la Région Auvergne-Rhône-Alpes, où l’expérimentation porte sur cinq établissements. “Il y aura un bilan d’étape avant l’été”, qui portera sur le “contexte”, avec le niveau d’engagement de l’Etat, et sur “le terrain et le degré d’acceptation des enseignants et des élèves”.A Nice, la municipalité précise que l’expérimentation dans cinq écoles de la ville se poursuivra l’an prochain.”C’est particulièrement stupide de commencer une expérimentation, de ne pas aller au bout. Il y a de l’argent public qui a été mis là-dedans”, grince la maire de Denain (Nord), Anne-Lise Dufour-Tonini (PS). “L’expérimentation, c’est deux ans pour pouvoir en tirer les conclusions. Notre budget nous permet de faire deux ans, et donc, on fera deux ans”, ajoute l’élue qui fait valoir des premiers retours “très positifs”. “Au regard des finances de l’Etat, nous devons concentrer nos efforts”, commente pour sa part Frédéric Leturque, co-président de la commission éducation de l’Association des maires de France (AMF).