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Brèves échauffourées à Toulouse entre agriculteurs et policiers, six interpellations

De brèves échauffourées entre agriculteurs et policiers ont fait cinq blessés, selon les pompiers, mardi matin dans le centre de Toulouse, où une centaine de manifestants protestaient contre le traité de libre-échange Mercosur et la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a constaté un journaliste de l’AFP.Réunis à l’appel de l’intersyndicale agricole Coordination rurale-Confédération paysanne et FDSEA, des manifestants ont brièvement jeté des chaises sur les forces de l’ordre, qui ont de leur côté tiré des gaz lacrymogène, après que le cortège a tenté d’emprunter un itinéraire non autorisé par la préfecture. “C’est de la provocation, on a été bousculés”, a déclaré Eloi Nespoulous, coprésident de la Coordination rurale (CR) de l’Aveyron, annonçant à l’AFP que la CR serait reçue en préfecture dans l’après-midi. Les incidents, qui ont duré quelques minutes, ont laissé la place à un face-à-face tendu entre les policiers et les manifestants sur une place du centre-ville, encadrée par une dizaine de fourgons de police.Un manifestant a été interpellé, selon un photographe de l’AFP.”Interdire aux paysans de venir en tracteurs (…), c’est un manque de considération”, a déclaré à l’AFP le secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne, Luc Mesbah, selon lequel cinq agriculteurs ont été placés en garde à vue en périphérie de Toulouse, où des manifestants ont été bloqués par les forces de l’ordre avec leurs tracteurs.La préfecture de Haute-Garonne a confirmé ces six interpellations, “dont cinq pour refus d’obtempérer aggravé (usage de tracteurs face aux forces de l’ordre avec mise en danger), une pour rébellion et violences aggravées sur forces de l’ordre”, selon un communiqué.”C’est la dermatose qui a mis le feu aux poudres, et on va continuer jusqu’à ce qu’on nous entende”, a déclaré à l’AFP Jean-Philippe Causse, membre de la Coordination rurale de l’Aveyron, lors de la manifestation.”On est contre l’abattage (systématique des troupeaux en cas de DNC) et pour l’arrêt des traités de libre-échange”, a ajouté Jonathan Kirchner, secrétaire général de la Confédération paysanne de Haute-Garonne, “c’est de la concurrence déloyale.”L’Inde et l’Union européenne (UE) ont officialisé mardi la conclusion d’un vaste accord de libre-échange commercial qui, au terme de vingt ans de négociations, va créer “une zone de libre-échange de deux milliards de personnes”.Le Parlement européen a saisi mercredi la Cour de justice de l’UE pour vérifier la légalité du traité avec le Mercosur, ce qui suspend le processus de ratification pendant un an et demi.

Immigration: plus de titres de séjour et moins de régularisations en France en 2025

Plus de titres de séjour, moins de régularisations et une petite diminution des demandes d’asile: Beauvau a dévoilé mardi les chiffres 2025 de l’immigration, qui alimenteront un débat public toujours plus polarisé sur le sujet dans la perspective de la présidentielle.La France a délivré 384.230 premiers titres de séjour l’an dernier (376.364 hors Britanniques), en hausse de 11% sur un an, avec comme l’année précédente une prédominance des motifs étudiants (118.00), suivis des titres humanitaires qui ont bondi de 65% (à 92.600), selon les chiffres rendus publics par la Direction générale des étrangers en France (DGEF).Mais les titres délivrés pour motifs économiques ont reculé de 13% à 51.190.”On a un marché de l’emploi qui peut-être attire un peu moins la population étrangère” en termes d’embauches, mais aussi de salaires où “la dynamique a disparu en 2025″, a expliqué Guillaume Mordant, responsable du département statistique de la DGEF.Pour ces premiers titres de séjour, les premières nationalités des demandeurs sont le Maroc (36.100) et l’Algérie (28.000).Et il y avait au total 4,47 millions de titres de séjour valides au 31 décembre 2025, soit une hausse de 3,2% sur un an.Le nombre de régularisations a lui baissé de 10%, avec 28.610 étrangers régularisés l’an dernier; la baisse est due aux motifs économiques (-11,5%) et familiaux (-6,4%).”Il y a l’impact de la circulaire Retailleau qui visait à rappeler le caractère exceptionnel” de ces régularisations et à en “durcir les conditions”, a expliqué M. Mordant.La durée recommandée pour délivrer une carte de séjour à un travailleur sans-papiers a ainsi été allongée à sept ans de présence en France contre cinq auparavant, voire parfois trois ans.Interrogé sur des chiffres précédemment publiés par le ministère de l’Intérieur, qui faisaient état d’une baisse de 42% des régularisations sur la période janvier-septembre, M. Mordant a expliqué qu’il y avait “peut-être eu une évolution de la dynamique en cours d’année” et que les chiffres de la DGEF comprenaient aussi “les régularisations de plein droit”.Ces chiffres sont publiés alors que le gouvernement espagnol de gauche s’apprête à adopter un plan de régularisation de sans-papiers qui pourrait bénéficier à 500.000 personnes, afin de soutenir la croissance économique du pays.Après la publication de la circulaire Retailleau en janvier 2025, le monde économique avait appelé à ne pas durcir outre mesure les conditions de régularisation, sous peine de voir certains secteurs péricliter.- “Dynamique” -Le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière a augmenté de 30% l’an dernier, concernant notamment des Algériens (+52%), des Tunisiens (+33%) et des Marocains (+19%).Les éloignements ont eux augmenté de 15,7% avec 24.985 étrangers renvoyés. Les seuls éloignements forcés ont eux progressé de 21% à 15.569.Du côté de l’asile, une baisse de 3,7% a été enregistrée en 2025 avec 151.665 demandes, qui sont ainsi “orientées à la baisse pour la deuxième année consécutive”, a noté M. Mordant.Les premiers pays d’origine des demandeurs ont été l’Ukraine, la RDC et l’Afghanistan (tous trois autour de 11.500 demandes), suivis d’Haïti, du Soudan et de la Guinée.Le taux d’accord a atteint 52% l’an dernier. “Plus d’une demande sur deux s’est vu attribuer l’asile”, ce qui marque une forte hausse : “on était plutôt autour de 40% il y a cinq ou six ans”, a rappelé M. Mordant.En ce qui concerne les visas, la DGEF a fait état d’une “hausse plus atténuée” que les années précédentes, (+1,1% demandés, +3,5% délivrés). Ainsi pour les courts séjours, la croissance est portée par les visas de tourisme (+6%), “témoignant de l’attractivité de la France”, tandis que les visas économiques baissent de 4,4%.Enfin 62.235 personnes ont acquis la nationalité française (-6,8% après une année “assez élevée”): cela s’explique par une baisse de 13,5% des acquisitions par décret, dans le sillage d’une circulaire de mai durcissant les conditions d’octroi.Six sur dix de ces nouveaux Français étaient originaires d’Afrique, notamment des trois pays du Maghreb, “mais aussi dans une moindre mesure l’Afrique subsaharienne”, a expliqué le responsable des statistiques.

Franck Didron, gilet jaune éborgné: pas de policier identifié et non-lieu

Les investigations n’ont pas permis d’identifier le policier auteur du tir de LBD qui a coûté son œil droit au “gilet jaune” Franck Didron lors d’une manifestation en 2018, et un non-lieu a été rendu, a appris mardi l’AFP de source proche du dossier.Le jeune homme, alors âgé de 20 ans, avait été touché le 1er décembre 2018 à Paris. Il avait déposé plainte dans les mois suivants et une information judiciaire, qui permet à un juge d’enquêter, avait été ouverte courant 2019 pour violence par une personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou infirmité permanente.Les expertises ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un tir de LBD (lanceur de balles de défense), mais l’enquête n’a pas permis d’identifier l’auteur du tir dans les rangs policiers. Un non-lieu a donc été rendu fin 2025.”Huit ans pour dire que le policier n’est pas identifiable, c’est indécent. A ce jour, le fonds de garantie et la Civi (Commission d’indemnisation des victimes) ont suspendu toutes ses demandes d’indemnisation alors que l’infraction pénale est désormais évidente”, a réagi l’avocat de Franck Didron, Me Arié Alimi.Le jeune homme a expliqué avoir été visé par un policier à moins de 20 mètres de lui.”Depuis que j’ai été blessé, je me demande pourquoi il m’a tiré dessus, ce CRS. J’aimerais bien qu'(il) se manifeste, qu’il vienne devant moi, et (qu’) il me dise pourquoi il m’a tiré dessus. Parce que là, il a gâché ma vie”, racontait-il en 2019 à l’AFP.Il expliquait manifester pour “des raisons de pouvoir d’achat”. “Les fins de mois pour moi c’était la merde, j’avais beaucoup trop de mal à les finir”. “C’était la toute première fois que j’allais manifester”, ajoutait-il.Franck Didron était dans “un groupe de manifestants pacifiques”, “encerclé de CRS”. “Mon téléphone a sonné, c’était ma mère qui m’appelait pour me demander des nouvelles parce qu’elle voyait à la télé que le climat était anormal. Je rassurais ma mère”. “Des gilets jaunes m’ont dit +attention les CRS chargent+, je regarde à droite, à gauche, et au moment où je tourne ma tête pour regarder derrière je reçois une balle de LBD 40 mm”, narrait-il encore.

Au procès du RN, le travail inconditionnel de Catherine Griset “pour Marine Le Pen”

“Je travaillais pour Marine Le Pen, pas pour un parti”: Catherine Griset a soutenu mardi devant la cour d’appel de Paris n’avoir jamais été qu’au service de la leader d’extrême droite, lorsque celle-ci était eurodéputée… mais aussi, malgré tout, patronne du RN.En 1995, dans l’un de ses “albums”, le mouvement de jeunesse du Front national, le FNJ, consacre un encadré à “Catherine” titré “Je bosse grâce à Le Pen”: “mes camarades (du FNJ) m’ont trouvé un poste de secrétaire chez un avocat proche du Front”, témoigne la brune de 23 ans à côté de son portrait en gros plan.Son employeur était en fait la fille du président du FN, une robe noire nommée Marine Le Pen, rencontrée trois ans plus tôt. Depuis, les deux ont toujours lié leur destin amical, professionnel et même familial – Mme Griset fut la compagne du frère du second mari de sa patronne, les deux se sont depuis séparées.Est-ce l’intensité d’une telle proximité qui a conduit Catherine Griset à ne pas s’embarrasser de séparer la personne de ses fonctions ?Au neuvième jour du procès en appel du RN, celle qui est depuis elle-même devenue eurodéputée RN, en convient: elle a pu, à hauteur de “20%”, travailler pour Marine Le Pen présidente du RN lorsqu’elle était officiellement à 100% au service de Le Pen Marine députée européenne et, à ce titre, payée par des enveloppes du Parlement de Strasbourg.Là réside l’accusation de détournement de fonds pour laquelle les deux, ainsi que le parti et neuf autres cadres sont poursuivis.En première instance, Catherine Griset avait notamment été condamnée à un an d’emprisonnement avec sursis.- “C’est bien le problème” -A la barre, l’assistante s’attarde sur son travail, tenue de l’agenda et organisation de déplacements. “On ne peut pas dire que tout le travail de Marine Le Pen se résumait à son activité de députée européenne: à cette époque, elle est cheffe du parti”, fonction dont “on imagine bien qu’elle a dû générer une activité importante”, lui fait observer la présidente de la cour d’appel, Michèle Agi.D’autant, appuie la magistrate, qu’elle apparaît dans un organigramme – public – du parti FN comme “l’assistante de Marine Le Pen”, sous-entendu la présidente de la formation – le même document mentionne au passage un “assistant parlementaire” de l’eurodéputée Le Pen. “Ça ne m’a pas choquée parce que je travaillais pour Marine Le Pen”, élude Catherine Griset. “C’est bien le problème: vous travailliez pour Marine Le Pen mais ça n’est plus elle qui vous embauche: c’est le Parlement européen qui vous paie”, la coupe la présidente. Catherine Griset, sans vaciller: “Moi, mon travail, je l’ai fait, je l’ai bien fait. J’étais la seule à gérer l’agenda”. “Donc, forcément, vous gérez aussi l’agenda de Marine Le Pen présidente du parti”, enfonce la magistrate. Catherine Griset, en reprenant à la volée: “Vous avez raison. C’est la partie où j’ai travaillé pour elle en tant que présidente”.- Conflit d’intérêts -Le demi-aveu passé, l’interrogatoire se fait d’autant plus serré. Car Catherine Griset n’a pas respecté son obligation de résidence à Bruxelles – inhérente à l'”assistante accréditée” qu’elle était, entre décembre 2010 et 2016 -, ce qui ne constitue pas stricto sensu un élément de l’infraction reprochée, mais tout de même “un élément dans le débat”, relève la magistrate.Davantage ennuyeuse, cette fonction de “cheffe de cabinet” de la présidente du FN à partir de février 2015. “Ça n’a absolument rien changé à mon travail”, jure l’intéressée, “Marine Le Pen n’a plus de chef de cabinet, il faut faire un organigramme, c’est juste honorifique”.Michèle Agi hausse le ton: “Là, je ne vous suis plus du tout: vous disiez que vous pouviez être assistante parlementaire parce qu’il y avait un chef de cabinet (qui s’occupait du reste), et vous dites que lorsque vous le devenez, ça ne change rien!”Pourquoi, d’ailleurs, ne pas avoir déclaré ce titre au Parlement européen, alors que son règlement prohibe les “fonctions extérieures” à ses assistants accrédités ? “Parce que ça vous arrangeait”, répond Michèle Agi à sa propre question.”Pour moi, il n’y avait pas conflit d’intérêts”, proteste Catherine Griset, “je ne travaillais pas pour un parti, mais pour la même personne”: sa seule et unique employeuse depuis 1992, sa bonne amie “Marine”.

L’Assemblée adopte l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

La France bientôt pionnière en Europe? Les députés ont adopté dans la nuit de lundi à mardi une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure visant à protéger la santé des adolescents, soutenue de tout leur poids par le gouvernement et Emmanuel Macron.La proposition de loi Renaissance devra maintenant être examinée au Sénat, et ce “dans les semaines à venir” a promis la ministre du Numérique Anne Le Hénanff. Le président de la République, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat, a salué “une étape majeure”. “Parce que le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois”, a-t-il ajouté sur X. S’il est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l’Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d’âge efficace pour tous les utilisateurs (y compris les comptes déjà existants) d’ici le 1er janvier 2027, a précisé Mme Le Hénanff.Le texte, porté par la députée Laure Miller, prévoit que “l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans”.Il exclut de l’interdiction certaines plateformes éducatives. “Les messageries privées interpersonnelles” comme WhatsApp ne sont pas non plus concernées, a indiqué Mme Miller.La proposition de loi a été adoptée par 130 voix contre 21, avec notamment le soutien du camp gouvernemental, de l’alliance RN-UDR, et de la majorité des socialistes. Seuls les insoumis et deux députés du groupe écologiste ont voté contre.Durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé “une forme de paternalisme numérique” et une réponse “simpliste”.- Santé mentale -Les débats se sont par moments déroulés au pas de course, et des votes à quelques voix près ont parfois créé la surprise. Plusieurs amendements visant à contraindre les plateformes de réseaux sociaux, combattus par la rapporteure et la ministre car contrevenant selon elles au droit européen, ont été adoptés. Il y aura “encore de multiples occasions de réajuster le texte”, a toutefois voulu rassurer l’entourage de Mme Miller, dans une déclaration à l’AFP.Le texte entendait aussi étendre l’interdiction des téléphones portables aux lycées, comme c’est déjà le cas dans les écoles et les collèges. Les députés ont adopté une réécriture de cette mesure, prévoyant désormais que le réglement intérieur des lycées précise “les lieux et les conditions d’utilisation” des téléphones portables. A défaut, cette utilisation est “interdite pendant les cours” et “dans les couloirs, mais autorisée dans une zone définie de la cour”, prévoit l’amendement.Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Également pointés: les systèmes de captation de l’attention, au détriment du sommeil.L’ex-Premier ministre et chef des députés Renaissance Gabriel Attal s’est félicité d’une mesure “décisive pour la protection de nos jeunes”, rappelant qu’elle semblait “impossible” il y encore “quelques mois”. – Sanctions -La principale difficulté du texte réside dans l’obligation de conformité avec le droit européen – plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). Objectif: ne pas subir le même sort qu’une loi de 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans mais n’ayant jamais pu être appliquée.Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d’ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l’accès aux réseaux sociaux sous un certain âge.”Les plateformes ne respectant pas l’interdiction (…) seront passibles de sanctions pouvant s’élever jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires”, a déclaré Laure Miller.Pour que l’interdiction devienne une réalité, un système de vérification d’âge efficace devra être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen.Un “tiers de confiance”, qui ne serait “ni l’État ni les plateformes de réseaux sociaux” pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d’identité, a avancé lundi Gabriel Attal. Plusieurs députés ont toutefois estimé que des contournements par les mineurs seraient inévitables. “Mais est ce une raison pour renoncer?”, leur a lancé la rapporteure Laure Miller.

L’Assemblée adopte l’article phare du texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

La France bientôt pionnière en Europe? Les députés ont approuvé lundi l’article phare d’une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure visant à protéger la santé des adolescents, soutenue de tout leur poids par le gouvernement et Emmanuel Macron.Un vote sur l’ensemble du texte, porté par le groupe Renaissance, doit avoir lieu un peu plus tard dans la soirée. Les débats restants porteront notamment sur l’interdiction des téléphones portables dans les lycées, comme c’est déjà le cas dans les écoles et les collèges.La proposition de loi devrait, sauf surprise, recevoir le feu vert de l’Assemblée. Elle ira ensuite au Sénat à la “mi-février”, selon l’ex-Premier ministre Gabriel Attal, où le texte n’a toutefois pas officiellement été programmé à ce stade.Si le texte est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l’Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d’âge efficace pour tous les utilisateurs (y compris les comptes déjà existants) d’ici le 1er janvier 2027, a précisé lundi la ministre du Numérique Anne Le Hénanff.Premier pas en ce sens: les députés ont adopté un amendement identique du gouvernement et de la rapporteure Renaissance du texte, Laure Miller, réécrivant l’article-clé du texte.Il prévoit que “l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans”.La ministre a défendu cet âge, qui “correspond en France à la définition de la majorité sexuelle” et au “passage du collège au lycée”. L’article a été adopté par 116 voix contre 23, avec le soutien du camp gouvernemental, de l’alliance RN-UDR, des communistes, des indépendants de Liot et de la majorité des écologistes. Les insoumis ont voté contre. Les socialistes se sont eux en majorité abstenus.Durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé “une forme de paternalisme numérique” et une réponse “simpliste”.Neuf associations de protection de l’enfance ont appelé lundi les élus à “responsabiliser les plateformes”, plutôt que “bannir” les enfants des réseaux sociaux.- WhatsApp pas concerné -Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Également pointés: les systèmes de captation de l’attention, au détriment du sommeil.”Les émotions de nos enfants et de nos adolescents ne sont pas à vendre ou à manipuler, ni par les plateformes américaines, ni par les algorithmes chinois”, a déclaré dans une vidéo diffusée ce week-end le président de la République, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat.Le texte exclut de l’interdiction les “encyclopédies en ligne” ou encore les “répertoires éducatifs”.”Les messageries privées interpersonnelles” comme WhatsApp ne sont pas non plus concernées, a indiqué Mme Miller.- Sanctions -La proposition de loi a été plusieurs fois réécrite. Le Conseil d’Etat avait notamment émis un avis très critique sur la version initiale.La principale difficulté réside dans l’obligation de conformité avec le droit européen – plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). Objectif: ne pas subir le même sort qu’une loi de 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans mais n’ayant jamais pu être appliquée.Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d’ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l’accès aux réseaux sociaux sous un certain âge.”Les plateformes ne respectant pas l’interdiction (…) seront passibles de sanctions pouvant s’élever jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires”, a déclaré Laure Miller.Plusieurs députés ont soulevé la question du contournement possible par les mineurs, par exemple en utilisant un VPN.Pour que l’interdiction devienne une réalité, un système de vérification d’âge efficace devra en effet être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen.Un “tiers de confiance”, qui ne serait “ni l’État ni les plateformes de réseaux sociaux” pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d’identité, a avancé lundi Gabriel Attal.