Barrages filtrants au port du Havre (Seine-Maritime) et sur l’autoroute A1, multiples actions lundi: les agriculteurs restent mobilisés contre l’accord entre l’UE et des pays du Mercosur sud-américain, aussi dénoncé ailleurs en Europe.Après la démonstration de force jeudi à Paris de la Coordination rurale, des manifestations ont notamment eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande pour protester contre ce traité entre l’UE, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.En France, deux points névralgiques du transport de marchandises sont désormais visés: le premier port à conteneurs français au Havre et l’autoroute A1, “axe routier le plus fréquenté” du pays selon son concessionnaire, la Sanef, et passage privilégié entre Paris et les deux principaux ports de marchandises d’Europe, Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas).Dimanche soir, vers 21H30, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont bloqué le péage de Fresnes-Lès-Montauban, au sud de Lille, sur l’A1, pour contrôler les marchandises des camions, de nouveau autorisés à rouler après l’interdiction de circulation dominicale. “Mercosur, Ukraine, DNC, trop c’est trop”, “Ce que nous vivons n’est pas une crise mais une escroquerie à l’agriculture”, ont pu lire des journalistes de l’AFP sur des banderoles. Au Havre, environ 150 agriculteurs avec des tracteurs entendent eux aussi inspecter tous les camions qui entrent ou sortent pour écarter les produits alimentaires non conformes aux normes imposées aux producteurs français et européens, sans bloquer l’entrée du port.Ils n’ont pu contrôler que deux poids lourds dimanche, mais en attendent “5.000 par jour” à partir de lundi, a expliqué Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime (JA76).- Autoroutes bloquées -La Coordination rurale entend aussi bloquer un dépôt pétrolier sur le port de La Rochelle tôt lundi matin. Deux autres ont été libérés dans le Nord et en Gironde ces derniers jours et la préfecture de Savoie menace d’intervenir lundi matin pour libérer celui d’Albens, sur la commune d’Entrelacs, selon la Confédération paysanne.Dans les Pyrénées-Atlantiques, le préfet a aussi menacé de recourir à la force dimanche pour obtenir “la levée sans délai des blocages affectant l’autoroute A63”, l’un des principaux axes routiers entre la France et l’Espagne, occupé depuis vendredi par des agriculteurs non syndiqués à hauteur de Bayonne. Il a aussi interdit “toute manifestation non déclarée” lundi à Bayonne, mais des syndicats agricoles (Confédération paysanne, Modef et syndicat basque ELB) ont maintenu leur appel à se rassembler près de l’A63.Au sud de Toulouse, cela fera un mois lundi que l’A64 est occupée par les “Ultras de l’A64”.Dans le Tarn-et-Garonne voisin, les locaux de la Mutualité sociale agricole (MSA) resteront fermés au public à partir de lundi pour dénoncer des actes de vandalisme commis dans la nuit de vendredi à samedi. Cette mobilisation agricole, lancée il y a un mois contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a été amplifiée par le feu vert donné vendredi par une majorité de pays de l’UE à l’accord avec le Mercosur, qui doit être signé samedi prochain au Paraguay.Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés d’Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes européennes, faute de contrôles suffisants.La ratification de ce traité dépend encore d’un vote, qui s’annonce serré, au Parlement européen, probablement en février ou en mars. Un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a, lui, publié une série de messages sur son compte X pour confirmer le paquet de 300 millions d’euros à destination des agriculteurs, dévoilé vendredi par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui reprend pour partie des mesures déjà connues mais n’a pas éteint leur colère.cor-ban-jed-elr-kau/gf/bfi