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Drone à proximité du porte-avions français : “Une provocation ridicule”, s’il était russe, selon Paris

Un drone “probablement russe” selon Stockholm a été neutralisé par l’armée suédoise non loin du porte-avions français Charles de Gaulle, en escale à Malmö, une “provocation ridicule” si cela se confirmait, a estimé le ministre français des Affaires étrangères.”Si effectivement, comme le suggère le ministre (suédois) de la Défense, cet incident avait une origine russe, la seule conclusion que je pourrais en tirer, c’est qu’il s’agit d’une provocation ridicule”, a déclaré vendredi Jean-Noël Barrot au cours d’une conférence de presse à bord du porte-avions.Le Kremlin a toutefois jugé absurde de dire que le drone, repéré et brouillé, était russe.Le drone a été repéré mercredi par un bateau de la marine suédoise en patrouille, à environ 13 kilomètres du Charles de Gaulle dans le détroit d’Öresund, près de la ville de Malmö (sud de la Suède) où le navire amiral français est arrivé pour une escale avant de participer à plusieurs exercices de l’Otan.”Si vous rapportez correctement les déclarations (des autorités suédoises, ndlr) – à savoir que le drone est russe uniquement parce qu’il y avait un navire russe à proximité –, alors cette déclaration est tout à fait absurde”, a déclaré le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov en réponse à la question d’un journaliste, tout en disant “ne pas connaître les détails” de cet incident.- Pas de menace réelle -M. Barrot a assuré que le drone n’aurait jamais pu représenter une menace réelle pour le bâtiment. “Le drone a été neutralisé loin du porte-avions Charles-de-Gaulle et en aucun cas la sécurité du porte-avions et de son groupe n’a été menacée”, a-t-il déclaré.Selon la ministre déléguée aux Armées françaises, Alice Rufo, “on ne peut pas qualifier ce qui s’est passé d’incident”. “Il y a eu effectivement un drone qui a été traité de manière très active d’ailleurs par notre partenaire suédois”, a-t-elle dit, avant d’ajouter que “toutes les dispositions sont prises” sur le Charles de Gaulle pour assurer sa protection.Jeudi soir le ministre de la défense Pål Jonson avait estimé que le drone provenait “probablement de la Russie, étant donné qu’il y avait un navire militaire russe à proximité immédiate au moment des faits”.Un navire de la marine suédoise a repéré ce drone lors d’une patrouille maritime, et a pris des mesures pour le neutraliser.”Cela s’est produit alors qu’un navire militaire russe se trouvait dans l’Öresund et dans les eaux territoriales suédoises”, avait précisé le ministre de la défense.”Selon toute vraisemblance, il existe un lien fort entre le navire militaire russe et ce drone”, avait-il ajouté.Vendredi, le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a réaffirmé qu’il pensait que le drone était russe.- “Typiquement russe” -“Il s’agit probablement d’un drone russe. Nous menons actuellement une enquête plus approfondie, mais de nombreux éléments semblent indiquer que c’est bien le cas”, a déclaré M. Kristersson aux journalistes lors d’une visite sur le porte-avions.Il a ajouté qu’il ne pensait pas que ce soit une coïncidence si l’incident s’était produit pendant la visite du porte-avions. “C’est une manière d’agir typique de la Russie, que nous avons déjà observée ailleurs”, a-t-il affirmé.Les forces armées suédoises avaient précisé jeudi n’avoir repéré aucun autre drone. A propulsion nucléaire, le groupe aéronaval, fleuron de la Marine française constitué du porte-avions Charles-de-Gaulle et de son escorte, fait escale pour la première fois dans le port de Malmö.La mer Baltique, juste à côté, est un théâtre de rivalités entre la Russie et les pays de l’Alliance atlantique. Les pays européens se sont plusieurs fois inquiétés de survols de drones aperçus au dessus ou à proximité de sites sensibles, comme des installations militaires ou des aéroports, certains responsables politiques dénonçant des opérations de guerre hybride russes.

L’accusation demande des peines plus lourdes contre les auteurs de la campagne de haine visant Samuel Paty

L’accusation a demandé vendredi d’alourdir à vingt ans de réclusion criminelle les peines en appel des deux initiateurs d’une campagne de haine lancée contre Samuel Paty avant sa décapitation par un jihadiste tchétchène pour avoir montré des caricatures du Prophète lors d’un cours sur la liberté d’expression. Contre deux amis du tueur, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, le parquet général a réclamé seize ans d’emprisonnement pour complicité d’assassinat.L’accusation est convaincue qu’ils ont véhiculé et aidé Abdoullakh Anzorov à se procurer des armes en ayant “conscience (de son) projet terroriste” même s’ils “n’avaient pas connaissance” de ses modalités. Ce dont ils se défendent depuis fin janvier devant la cour d’assises spéciales de Paris. Le père d’élève Brahim Chnina, 54 ans, et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, s’emploient aussi à convaincre de l’absence de toute intention qu’advienne un attentat, et de conscience du risque auquel leur cabale en ligne exposait le professeur du collège du Bois d’Aulne à Conflans Sainte-Honorine (Yvelines). Ils avaient fait appel de leur condamnation à 13 et 15 années de réclusion pour prix de cette campagne qui ne s’était arrêtée qu’avec la décapitation du professeur d’histoire-géographie le 16 octobre 2020 près de son établissement.A l’inverse de leurs co-accusés, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ne connaissaient pas Anzorov. Mais en réclamant contre eux les peines les plus lourdes, l’accusation a dressé une hiérarchie des responsabilités qui a surpris, notamment la défense.    “On ne reproche pas à Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui des actes préparatoires à l’attentat commis par Anzorov. Ce qu’on leur reproche, c’est des actes préparatoires à tous les Anzorov potentiels”, déclare une des deux avocates générales. Et leur cabale ne relève pas de l’impulsion vite réprimée: elle “dure dix jours, du 7 octobre au 16 octobre”, relève la magistrate, dans un réquisitoire s’employant, point par point, à priver d’oxygène la défense. Pendant cette période, “la terreur” s’installe au collège, “avant même l’entrée en scène du terroriste Anzorov”: le père d’une collégienne et le militant islamiste ont “créé les conditions d’un passage à l’acte terroriste.” “Jamais un dossier de terrorisme n’aura revêtu autant d’enjeux sociétaux”, poursuit la magistrate, demandant à la cour de protéger l’école, “fondement de la République”. – “C’est ça, l’arbitraire” -“L’accusation cherche à faire un exemple” et souhaite que la cour réponde “à des enjeux sociétaux, là où elle ne devrait être tenue que par le droit”, a répliqué un des avocats d’Abdelhakim Sefrioui, Me Vincent Brengarth.   “Il y a un an, ça valait dix” ans, les réquisitions en première instance, “et maintenant ça vaut 20! C’est ça l’arbitraire!”, s’indigne pour Brahim Chnina, sa consoeur Me Louise Tort: quand personne n’avait su prévenir la dérive jihadiste d’Anzorov, “lui, il aurait dû savoir, il aurait dû se douter, il aurait dû prévoir!”.Le crime a traumatisé la communauté enseignante et jeté l’effroi dans un pays qui venait d’être menacé par Al-Qaïda après la republication de ses caricatures par Charlie Hebdo à l’occasion du procès des attentats de janvier 2015.Mais les deux hommes affirment n’avoir pas été mus par la question du blasphème, invoquée par Anzorov dans la revendication de son crime. Brahim Chnina a parlé du sentiment d’injustice d’un père à qui sa fille avait dit avoir dû quitter la classe parce que Samuel Paty aurait fait sortir les musulmans au moment de montrer les caricatures. Elle avait menti: exclue pour indiscipline, elle n’assistait pas à ce cours. Quant à Abdelhakim Sefrioui, qui avait contacté Brahim Chnina en qualité revendiquée de représentant du Conseil des imams de France, il n’aurait été animé que par sa conviction que le professeur avait stigmatisé les élèves musulmans. Une ligne de défense balayée par l’accusation: “On est bien sur la question du blasphème”, tranche l’avocate générale, rappelant témoignages et propos passés des deux accusés.   Si Brahim Chnina a exprimé “honte” et regrets, Abdelhakim Sefrioui s’est posé en héraut des droits des musulmans, qui aurait été livré à la “vindicte” publique par les autorités françaises. Secouant parfois la tête en écoutant l’avocate générale, l’ancien dirigeant du Collectif Cheikh Yassine, du nom du fondateur du Hamas palestinien, a écouté sa description en “manipulateur”, désireux “de relancer sa carrière d’islamiste politique qui était en déshérence”. Le verdict est attendu lundi.

Cyberattaque dans la santé: les données administratives de 15 millions de Français piratées

Les “données administratives” de quelque 15 millions de Français, mais aussi des commentaires rédigés par leur docteur, ont fait l’objet d’une fuite massive lors d’une cyberattaque qui a visé 1.500 médecins utilisateurs d’un logiciel de la société Cegedim Santé, a admis vendredi le ministère de la Santé.Si cette fuite a principalement concerné des données telles que les nom, prénom, numéro de téléphone ou l’adresse postale des patients, elle a aussi, pour 169.000 d’entre eux, porté sur des annotations libres saisies par les médecins, “dont certaines peuvent être des données sensibles”, soit “1% des cas”, a précisé le ministère lors d’un point de presse. Le piratage a porté sur “19 millions de lignes informatiques” (dont 4 millions de doublons) contenues dans une base de données ayant “entre 3 et 15 ans d’historique, en fonction de la date d’installation du logiciel dans les cabinets des médecins”. Cela explique qu’elle contienne les données de millions de patients, soit bien plus que les informations saisies par 1.500 médecins, a expliqué le ministère.”Il n’y a pas de documents de santé qui ont été diffusés, ni ordonnances, ni résultats d’examens de biologie”, a affirmé la même source, tout en admettant ne pas avoir de “visibilité exhaustive sur l’étendue des données administratives” dérobées.Pour le ministère, le seul fait nouveau relatif à ce cyberpiratage qui “date de la fin 2025” est sa “revendication par le hacker”, à “l’identité” et “la nationalité” pour l’heure non identifiées. Un groupe de hackers nommé DumpSec a revendiqué le vol de ces données, expliquant qu'”un ancien membre” avait ensuite “décidé de revendre une partie des informations”, rapporte l’expert en cybersécurité Damien Bancal sur son site.Interrogée par l’AFP, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a indiqué ne pas être “en capacité, à ce stade, de confirmer l’ampleur de la violation alléguée”. Elle va analyser “ces révélations avec attention, et diligentera des contrôles si nécessaire”.Selon France 2, qui a révélé l’affaire jeudi soir, affirme avoir retrouvé des données “très précises” sur plusieurs patients -leur homosexualité ou qu’ils soient atteints du sida- émanant de la fuite. Des informations sur des dirigeants politiques de premier plan y figureraient aussi, selon la chaîne publique. Vendredi, le ministère de la Santé a précisé à l’AFP avoir enjoint à la société Cegedim Santé, acteur important du secteur de la gestion des données médicales en France, de mettre “immédiatement en oeuvre” des mesures correctives après cette cyberattaque.Cette société a porté plainte le 27 octobre 2025. “Des salariés ont signalé avoir reçu des courriels d’extorsion revendiquant le piratage de plusieurs milliers de données personnelles”, a relaté vendredi le ministère public.- “Annotations personnelles” des médecins – Acteur important du secteur de l’hébergement des données médicales en France, Cegedim Santé -filiale de Cegedim- a admis vendredi avoir été victime fin 2025, d’une cyberattaque ayant visé 1.500 praticiens sur les 3.800 médecins utilisateurs de son logiciel MLM.Pour Cegedim, les données piratées proviennent “exclusivement” du dossier administratif des patients (nom, prénom, sexe, date de naissance, téléphone…) qui pouvait toutefois contenir, pour “un nombre très limité” d’entre eux, “des annotations personnelles du médecin concernant des informations sensibles”.Les “dossiers médicaux structurés des patients sont restés intègres”, a assuré la société.- “Sous investissement” – Le ministère a de son côté pointé la responsabilité du “prestataire privé, responsable du traitement des données”, martelant que cette fuite “ne résulte ni d’une défaillance des systèmes du ministère, ni d’une infrastructure relevant” de l’État.Mais “les données de santé ont une dimension émotionnelle très forte, parce que ça touche à l’intimité” des personnes, souligne auprès de l’AFP l’expert Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de la société Jizô AI.Pour Gérôme Billois, expert en cybersécurité au cabinet Wavestone, la fuite “très grave”, qui pourrait être “la plus grosse en France” dans la santé, aura des “conséquences irrémédiables”. Car “une information de santé qui dit: +Vous avez le sida+ ou +vous avez telle maladie+, une fois qu’elle est sortie, vous ne pourrez plus jamais revenir en arrière”, dit-il à l’AFP.Il y voit la conséquence d’un “sous-investissement en cybersécurité depuis des années” dans la santé.Agnès Giannotti, la présidente de MG France – principal syndicat de médecins généralistes – a reconnu vendredi sur France Inter “un vrai souci de confiance et de sécurité pour les patients et de pénalisation de notre exercice”.En septembre 2024, la Cnil avait infligé à Cegedim Santé une amende de 800.000 euros, pour avoir traité des données de santé sans autorisation.jt-ref-cra-pgr-clw-mng/ito/swi

Hausse des violences physiques et sexuelles en France en 2025

Le nombre de violences physiques et sexuelles enregistrées par les forces de l’ordre ont respectivement augmenté de 5% et 8% en 2025, selon une étude du ministère de l’Intérieur publiée vendredi.En 2025, les services de police et gendarmerie ont enregistré 473.000 victimes de violences physiques, dont 24% de mineures (114.500). Ces violences sont reparties à la hausse, après s’être stabilisées en 2024, “progressant à un rythme similaire à l’augmentation annuelle moyenne constatée depuis 2016 (+6%)”, précise cette étude du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).Les forces de l’ordre ont également enregistré 132.300 victimes de violences sexuelles, dont plus de la moitié (58%) sont mineures. Leur nombre a progressé à un rythme “similaire” à celui observé en moyenne entre 2016 et 2025 (+11%).Un peu plus de la moitié des violences physiques sont commises dans le cadre familial. Il s’agit alors essentiellement de violences conjugales. En revanche, cette part est beaucoup plus faible pour les violences sexuelles, dont les trois-quarts ont lieu en dehors du cadre familial.Dans le détail, en ce qui concerne les violences physiques, la hausse du nombre de victimes est particulièrement marquée pour les mineurs (+10% contre +4% pour les majeurs). Lorsque ces violences sont commises au sein de la famille, les victimes sont majoritairement des femmes (73%), tandis qu’il s’agit le plus souvent d’hommes (69%) victimes en dehors de la sphère familiale.En ce qui concerne les violences sexuelles, la hausse du nombre de victimes s’inscrit “dans un contexte de libération de la parole” et “d’amélioration” de leurs “conditions d’accueil” par les services de police et gendarmerie, selon l’étude.Ces victimes sont toujours très majoritairement des femmes, quel que soit le contexte et leur âge (85%).”Un des facteurs d’augmentation du nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées une année donnée est la part croissante de faits anciens dénoncés”, explique l’étude. “Cette part est particulièrement importante pour les victimes mineures au moment des faits et pour les violences commises au sein de la famille”.Les trois-quarts des infractions sexuelles enregistrées sont des violences sexuelles physiques. Dans le détail, les victimes ont principalement subi des agressions ou des atteintes sexuelles (39%), des viols ou tentatives de viol (38%) et dans de plus rares cas, elles ont été victimes d’exploitation sexuelle (10%), d’exhibition sexuelle (6%) ou de violences sexuelles non physiques (6%), essentiellement du harcèlement sexuel.Pour les violences physiques comme sexuelles, les mis en cause sont principalement des hommes, (respectivement 80% et 95%).

Laits infantiles: la toxine céréulide repérée chez un bébé, l’Etat accusé de minimiser les risques

Pour la première fois, la toxine céréulide, derrière la vague actuelle de rappels de laits infantiles, a été repérée chez un bébé français ayant été hospitalisé, alors que des familles accusent l’État de minimiser les risques par un suivi insuffisant.La France a reçu “un premier résultat d’analyse de selles positif à la toxine céréulide” chez un nourrisson hospitalisé après la consommation d’un lait rappelé, a annoncé vendredi le ministère de la Santé, confirmant une information de Radio FranceC’est une première pour un bébé français, même si cela ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet, après deux mois de doutes et d’interrogations sanitaires autour de l’affaire des laits infantiles. Celle-ci a débuté avec le rappel par Nestlé de dizaines de lots dans une soixantaine de pays à cause de la présence potentielle de céréulide, une toxine pouvant provoquer des vomissements dangereux chez un nouveau-né.Puis, elle s’est amplifiée avec une cascade de rappels similaires par des industriels comme Danone ou Lactalis, mais aussi de plus petits acteurs de ce marché en pleine croissance. Point commun, un ingrédient fourni par le même sous-traitant chinois.Trois décès ont été signalés parmi des bébés ayant consommé des laits visés par les rappels en France, seul pays européen dans ce cas, ainsi qu’une dizaine d’hospitalisations. Mais aucun lien de cause à effet n’a encore été identifié.Dans ce contexte, l’annonce de vendredi apporte un indice en faveur d’une intoxication, même si le ministère de la Santé reste sur sa ligne, assurant qu’il est trop tôt pour évoquer un lien et, donc, de premières conséquences sanitaires avérées de cette vague de rappels.”L’imputabilité” ne pourra être établie que par les “soignants ayant pris en charge l’enfant” en lien avec les “spécialistes en toxicologie mobilisés dans le cadre des investigations”, explique le ministère.Celui-ci ne communique pas les détails du cas. Selon Radio France, il s’agit d’un bébé hospitalisé une nuit début février à Montpellier et ayant consommé un lait Gallia (Danone).Ce développement intervient au moment où plusieurs familles accusent frontalement l’État d’appliquer une politique de surveillance qui minimise la réalité des conséquences sanitaires.- Des cas en Belgique -Les associations, qui ont engagé plusieurs actions en justice face à l’État et aux industriels, pointent notamment des rappels trop tardifs avec une responsabilité excessivement laissée aux industriels et des capacités insuffisantes d’analyses, la France ayant dû déléguer la recherche de céréulide à la Belgique. Celle-ci a signalé mi-février la présence de la toxine chez huit bébés ayant consommé un lait rappelé, tous avec des symptômes “légers”.La France, elle, a attendu plusieurs semaines avant de transmettre aux soignants et hôpitaux des critères justifiant une alerte, ces derniers étant assez larges et peu distincts d’une gastro-entérite.”On peut se dire que l’on est en train de minimiser le recensement des cas pour qu’il y ait moins de victimes recensées”, avance auprès de l’AFP Nathalie Goutaland, avocate du collectif Intox’Alim, rassemblant plusieurs familles.Me Goutaland, qui a saisi cette semaine en référé le Conseil d’État, avance une possibilité de “conflit d’intérêt” de la part de l’État devant le risque d’être mis devant ses responsabilités.”Effectivement, il y a une minimisation”, pour Quentin Guillemain, président de l’association APS-Enfants, née de l’affaire Lactalis impliquant déjà des laits infantiles en 2017. Il estime qu’à terme, “l’État sera probablement condamné pour carence fautive”.De son côté, le ministère de la Santé explique ne pas avoir cherché à dresser un recensement exhaustif des intoxications, mais de s’être concentré sur les cas potentiellement les plus graves. L’enjeu est plutôt “de permettre aux autorités de porter une attention particulière aux situations les plus sensibles”, dit-il à l’AFP.Depuis le début de la crise, les autorités sanitaires ont, par ailleurs, assuré plusieurs fois que la réalisation d’analyses n’était pas cruciale pour les médecins, puisqu’un bébé sera soigné de la même façon qu’il soit atteint d’une intoxication au céréulide ou d’une gastro-entérite sévère.”Que la détection de céréulide n’ait pas d’impact sur les soins, c’est hors sujet”, répond Me Goutaland, estimant qu’un “droit d’accès à la preuve” est en jeu pour les familles.

“Epstine”: Mélenchon à nouveau accusé d’antisémitisme

Loin de jouer la carte de l’apaisement, Jean-Luc Mélenchon a réveillé le procès en antisémitisme qui lui est fait, après avoir ironisé sur la prononciation du nom “Epstein” jeudi à Lyon. Ce qu’il a vigoureusement réfuté, en dénonçant une “manipulation médiatique”.Au cours d’un meeting de soutien à la candidate Insoumise aux municipales à Lyon, Anaïs Belouassa-Cherifi, le triple candidat à la présidentielle s’est fendu, entre attaque des médias et défense du groupe dissous Jeune Garde, d’une incidente sur l’affaire du criminel sexuel new-yorkais Jeffrey Epstein, qui éclabousse responsables politiques et économiques du monde entier. “Je voulais dire +Epstine+ pardon, ça fait plus russe +Epstine+”, a-t-il lancé. “Alors maintenant, vous direz Epstine au lieu d’Epstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein”, a-t-il poursuivi avant d’ajouter: “eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire”, devant une salle hilare.Ce n’était pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon ironisait en meeting sur ce point depuis la publication des dossiers Epstein.Mais cette fois, les condamnations ont immédiatement fusé.Le président du Crif, Yonathan Arfi, a rappelé sur X que “en anglais, +Epstein+ se prononce +Epstine+. Les journalistes ne font donc que prononcer un nom américain… à l’américaine”. “Voir dans cette prononciation une manipulation est un délire complotiste aux vrais relents antisémites”, a-t-il ajouté. “Toutes les limites ont été franchies par Jean-Luc Mélenchon (…) L’antisémitisme est une monstruosité”, a dénoncé l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, tandis que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui vient de classer LFI à l’extrême gauche pour les prochaines municipales, a dénoncé des “propos abjects”.”C’était il y a 15 jours”, a pour sa part réagi Emmanuel Macron en repartageant un de ses discours tenu au milieu du mois où il ciblait “l’antisémitisme d’extrême gauche”. Le président du Rassemblement national Jordan Bardella, dont le parti s’est engagé dans une dédiabolisation, a dénoncé un meeting “brutal, qui fait froid dans le dos, aux relents ouvertement antisémites”.  – “Dégoût” -Car plus que jamais, à deux semaines des municipales et un peu plus d’un an de la présidentielle, le probable futur candidat LFI à l’Elysée embrasse son style du “bruit et de la fureur” et clive. Les tentatives – habituelles avant une présidentielle – de lisser son image, comme en début d’année avant la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, semblent bien lointaines. Même chez les anciens alliés de gauche de LFI, la sortie a indigné.”Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux”, a tweeté le premier secrétaire du PS Olivier Faure. “Rien ne va dans ces propos. Rien. Ça suffit maintenant !”, s’est encore exclamée la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, quand l’ancien président François Hollande a accusé celui qu’il a côtoyé au Parti socialiste d’avoir “fini par tomber dans les formules antisémites”.Devant cette avalanche de condamnations, le leader Insoumis a riposté par l’attaque. “J’ai ironisé sur la volonté de vouloir faire avec +Epstine+ un nom pour +russifier+ le problème. Consternante réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme”, a-t-il déclaré sur X, y notant une manière de “susciter délibérément la violence contre LFI”.Pour lui, “l’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet”.”Les Insoumis ont, les premiers, dénoncé les instrumentalisations antisémites de l’affaire Epstein”, a affirmé son premier lieutenant Manuel Bompard en dénonçant “une cabale” contre le mouvement de gauche radicale. Les accusations d’antisémitisme, ou d’ambivalence sur la question, se multiplient contre Jean-Luc Mélenchon, notamment depuis les attaques du 7-Octobre 2023 en Israël.Comme quand il avait estimé que l’antisémitisme était “résiduel” en France en 2024 alors que les attaques contre la communauté juive étaient en très nette augmentation dans le pays. Ou comme quand il avait ciblé son ancien protégé, le député socialiste Jérôme Guedj, issu d’une famille juive séfarade, en évoquant “la laisse de ses adhésions”.Jean-Luc Mélenchon a toujours nié ces accusations. Les Insoumis rappellent régulièrement qu’aucun élu de leur mouvement n’a été condamné par la justice pour des propos antisémites.

Allocations familiales: un coup de rabot pour financer le congé de naissance

La majoration des allocations familiales n’interviendra plus aux 14 ans de l’enfant, mais aux 18 ans, soit un manque à gagner pouvant atteindre 900 euros par an pour les familles concernées, en vertu d’une mesure qui entre en vigueur dimanche. Plusieurs associations déplorent cette mesure, qui vise à financer le nouveau congé de naissance, dans un contexte de chute historique de la natalité. – Ce qui change au 1er mars – Les allocations familiales, versées sous conditions de ressources, ne seront plus majorées lorsque les enfants atteignent l’âge de 14 ans. Jusqu’ici, les familles avec deux enfants bénéficiaient d’une augmentation quand le plus jeune atteignait cet âge, et celles avec trois enfants ou plus bénéficiaient de cette majoration pour chaque enfant franchissant cet âge, jusqu’à ses 20 ans.Désormais, la majoration n’interviendra qu’aux 18 ans de l’enfant. Les familles dont l’enfant a eu 14 ans avant le 1er mars continueront toutefois de percevoir l’ancien dispositif.Selon le gouvernement, la majoration de 14 ans représentait 75,90 euros supplémentaires par mois, au maximum, soit plus de 900 euros par an pour les familles concernées. – Quelles économies pour l’État? – Le ministère des Solidarités et des Familles justifie ce décalage par une logique de réallocation plus adaptée aux “besoins réels”. “Un enfant de 14 ans ne coûte pas plus cher qu’un enfant de 10 ans. Son coût augmente surtout avec les études supérieures et l’entrée dans la vie active”, explique-t-on.Selon le gouvernement, ce décalage permettra de réaliser 210 millions d’euros d’économies dès cette année, puis 1,2 milliard par an d’ici à quatre ans.Elles permettront de financer le congé de naissance qui entrera en vigueur au 1er juillet, et s’ajoutera aux congés maternité et paternité. De deux mois pour chaque parent, il sera rémunéré à 70% du salaire net le premier mois et 60% le second.- Un choix critiqué – Le Conseil de la famille du HCFEA (Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge), qui conseille le gouvernement, est défavorable à cette mesure, qui va “affecter particulièrement les familles nombreuses et modestes” dans un contexte “où la pauvreté infantile augmente”, souligne sa présidente Hélène Périvier.La branche Famille de la Sécurité sociale est “excédentaire et n’a donc pas besoin de raboter les allocations familiales pour financer ce congé de naissance”, dit-elle à l’AFP, relevant que ses excédents sont depuis des années utilisés pour financer des mesures qui relèvent des autres branches de la Sécurité sociale (maladie, vieillesse…).L’économie réalisée par la suppression de la majoration sera deux fois supérieure au coût du congé de naissance, estimé à 600 millions d’euros à terme, note pour sa part l’Union nationale des associations familiales.Le conseil d’administration de la Caisse nationale aux allocations familiales (Cnaf), où siègent les associations, s’est prononcé contre le décret décalant la majoration.Une famille avec un adolescent a besoin de 250 euros de plus par mois qu’avec un enfant en primaire, a calculé l’Unaf.”Un adolescent mange davantage et plus souvent hors de la maison, on peut plus difficilement le faire partager la chambre d’un autre, il se déplace seul et plus loin. Ses vêtements, ses loisirs, l’équipement téléphonique sont plus coûteux”, décrit Céline Bouillot, chargée de mission à l’Unaf.- Chute de natalité – Cette mesure intervient de plus dans un contexte de recul historique de la natalité en France, observent des associations: 644.000 naissances en 2025, soit 2,3% de moins qu’en 2024 et 24% de moins qu’en 2010, soit le niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale.L’instauration du nouveau congé de naissance, promesse d’Emmanuel Macron, est d’ailleurs la mesure emblématique de l’exécutif face à cette baisse historique. “La dénatalité est liée au fait que la société ne prenne pas assez en compte les familles. La réforme des allocations familiales revient à faire payer le congé de naissance par les familles modestes avec des adolescents, alors que les excédents de la Cnaf devraient servir aux familles”, regrette Mireille Lachaud de Familles de France.

Encore plus de Français fortunés non imposés qu’on ne pensait, affirme l’ancien ministre Éric Lombard

Ce sont “autour de 50.000” foyers détenteurs d’un patrimoine élevé qui échappent à l’impôt sur le revenu ou sur les plus-values et dividendes, a affirmé vendredi l’ancien ministre de l’Économie, Éric Lombard, qui avait initialement lancé l’alerte.Cet ancien dirigeant de grands groupes financiers, au sein de BNP Paribas puis à la Caisse des dépôts et consignations, et ex-adhérent du Parti socialiste, a fait un bref passage à Bercy, de décembre 2024 à octobre 2025, dans le gouvernement de François Bayrou.Il a expliqué vendredi sur RTL qu’il avait alors souhaité s’intéresser à ces cas: “J’avais demandé qu’on creuse le sujet. Et je maintiens d’ailleurs cette demande”.C’est lui-même qui a ouvert la polémique en déclarant au journal Libération en janvier: “Parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu!”Des parlementaires, alertés par ses propos, ont alors réclamé à Bercy des détails sur la fiscalité des particuliers en 2024.- Produits financiers -L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) a concerné quelque 186.000 foyers en 2024. Parmi eux, des sénateurs en ont trouvé en février 13.335 avec un revenu fiscal de référence si faible qu’ils ont été dispensés d’impôt sur le revenu, les plus-values et les dividendes.Mais le chiffre des Français fortunés non imposés est en vérité encore plus élevé, a assuré vendredi M. Lombard.”Il y a, j’estime, autour de 50.000 ménages probablement, si on fait un calcul statistique rapide, qui ont un revenu fiscal de référence modeste par rapport à leur patrimoine financier”, a-t-il déclaré à l’AFP, auprès de laquelle il souhaitait apporter des précisions.M. Lombard inclut des foyers fiscaux qui ne sont pas redevables de l’IFI mais qui détiennent un montant élevé d’actifs mobiliers, comme des produits financiers.”Pour une part non négligeable, c’est lié à ce qu’on appelle la suroptimisation fiscale (…) C’est légal (…) Certains peuvent trouver des montages permettant de réduire leur base fiscale”, affirmait-il sur RTL.Selon lui, “ça touche entre 0,1 et 0,3% des Français, sur lesquels il faut qu’on analyse ce qu’il se passe”.- “Situations extrêmement différentes” -“Ma conviction, en termes d’équité, c’est qu’avec ces nouvelles méthodes permettant de piloter ses revenus, quand on a des revenus assez importants, il faut que l’imposition soit aussi indexée sur le patrimoine, en tout cas sur l’épargne financière”, a exposé l’ancien ministre.M. Lombard a cependant déploré que le fisc n’ait connaissance que d’une partie du patrimoine des contribuables, la partie immobilière. Conformément à la loi française, “il n’y a pas de déclaration des patrimoines financiers”, a-t-il fait remarquer à l’AFP.Interrogé par RTL sur son positionnement politique, M. Lombard s’est dit “indépendant”. Il “travaille pour faire une plateforme” afin de rassembler “du Parti socialiste jusqu’à LR”, a-t-il révélé.Sur ce sujet de la fiscalité des riches, le gouvernement de Sébastien Lecornu a adopté une position défensive.La nouvelle première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, lorsqu’elle était en janvier encore ministre de l’Action et des Comptes publics, avait déclaré à l’Assemblée nationale: “Il n’est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait”.Son successeur David Amiel, interrogé mardi également à l’Assemblée nationale, a dénoncé une “confusion dans ce débat”, avec des contribuables dans “des situations extrêmement différentes”.”Il y a des retraités qui possèdent des biens dans des zones qui ont connu une flambée immobilière. Il y a des entrepreneurs qui ont des revenus extrêmement variables”, avait avancé M. Amiel. Il a promis aux parlementaires “une analyse plus approfondie des différents cas possibles”.L’Assemblée nationale a créé le 11 février une commission d’enquête sur l'”imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics”.En France, 53% des 41,5 millions de foyers ayant rempli une déclaration de revenus pour 2024 n’ont pas payé d’impôt sur le revenu.

Affaire Sarah Halimi: Kobili Traoré interpellé dans un autre dossier, la famille veut un procès

L’interpellation, dans une récente affaire de séquestration, de Kobili Traoré, jugé pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi en 2017, peut-elle rouvrir ce dossier retentissant ? C’est le voeu de la famille de la sexagénaire juive tuée, qui espère toujours un procès.Un nom bien connu de la chronique judiciaire a donc refait surface vendredi par le biais d’un communiqué du parquet de Paris. Kobili Traoré, ainsi que deux autres suspects, vont passer devant un juge d’instruction “en vue de leur mise en examen”, mis en cause dans une affaire d'”enlèvement, séquestration et vol avec arme”, crimes passibles de 20 ans de réclusion. Leur détention provisoire est requise, précise encore le ministère public.Kobili Traoré, gros consommateur de cannabis, avait roué de coups, au cri de “Allah Akbar”, et jeté par-dessus le balcon Sarah Halimi, sa voisine d’immeuble, âgée de 65 ans, il y a près de 9 ans à Paris.Bien qu’entérinant la nature antisémite du meurtre, la Cour de cassation, plus haute juridiction de la justice française, avait confirmé l’absence de procès dans cette affaire retentissante en avril 2021. Selon les experts psychiatriques, le meurtrier a été pris d’une “bouffée délirante” au moment des faits. Cette décision avait provoqué un vif émoi en France et au-delà, avec des manifestations d’ampleur dans l’Hexagone et en Israël pour réclamer, en vain, un procès du meurtrier, confié à différents services psychiatriques. – “Stupéfaction et effarement” -Cette fois Kobili Traoré, et deux complices présumés, s’en sont pris fin janvier à une personne chez qui ils “se fournissaient en stupéfiants” et avec qui l’un des suspects “avait un litige financier”, mentionne le parquet de Paris.Une fois dans son appartement, ils ont aspergé la victime “de gaz lacrymogène” et l’ont “violentée, avant de fouiller l’habitation”. Des bijoux, sacs de valeur, téléphone, et la clé d’un box ont été dérobés. Les agresseurs présumés ont attaché la victime sur une chaise avant de quitter les lieux.”C’est avec stupéfaction et effarement que nous avons appris que l’assassin et le bourreau de Sarah Halimi a été placé en garde à vue”, pour des faits “particulièrement violents”, a réagi la famille de Sarah Halimi par la voix de son avocat Me Olivier Pardo. La famille de Sarah Halimi, “qui a vécu l’absence de procès comme une blessure qui ne se referme pas ne peut que s’indigner” de la permission de sortie dont aurait bénéficié Kobili Traoré pour commettre ce récent méfait, alors qu’il faisait l’objet d’une “hospitalisation sous contrainte”, selon ce conseil. Cette séquestration “démontre un peu plus la nécessité impérieuse de rouvrir ce dossier afin de rétablir la vérité”, souligne Me Pardo, selon qui des “éléments nouveaux vont être produits” démontrant “que la thèse de l’abolition du discernement après la prise de stupéfiants ne correspond pas à la réalité”. – “Comme dans l’affaire Epstein” -“Des initiatives procédurales seront prises dans les prochaines semaines”, ajoute encore le conseil, martelant dans un communiqué que “le calvaire et l’assassinat de Sarah Halimi ne peuvent rester impunis”.Le cabinet de Me Pardo travaille depuis plusieurs mois sur ces éléments nouveaux, qu’il réserve à la justice et qui sont de nature selon lui à “pouvoir permettre la réouverture du dossier du meurtre de Sarah Halimi, un peu comme dans l’affaire Epstein”, éclaire-t-il cette fois auprès de l’AFP. Argument majeur pour la famille de Sarah Halimi, un psychiatre a attesté au cours de la garde à vue récente de Kobili Traoré “qu’il ne présentait pas de symptomatologie aigüe, ni syndrome délirant ni désorganisation”, rapporte le parquet de Paris.”Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois l’expertise démontre que ce n’est pas le cas, c’est un élément complémentaire sur lequel je vais m’appuyer”, insiste auprès de l’AFP Me Pardo. “Avec ces faits récents et les éléments nouveaux que nous allons apporter sur la mort de Sarah Halimi, nous entendons démontrer qu’il y a eu une préméditation qui est incompatible avec une abolition du discernement”, conclut l’avocat.

Santé et prévention: l’essor des check-up privés soulève des inquiétudes

Mieux vaut prévenir que guérir, mais à quel coût? Des structures privées proposent des bilans de santé de prévention ultra complets, et très chers, soulevant réserves et inquiétudes chez des experts, qui dénoncent un modèle “élitiste” et pas forcément pertinent pour être en meilleure santé. Chez Zoï, start-up française de check-up médicaux personnalisés, aucun matériel médical n’est apparent. Dans les locaux à la décoration minimaliste – nichés au cœur de Paris, entre la place Vendôme et celle de l’Opéra – tout est dissimulé derrière des armoires en bois, dans une ambiance tamisée.Son cofondateur, Ismaël Emelien, ancien grand artisan de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017, revendique d’avoir conçu un “lieu qui ne soit pas un hôpital, pas un hôtel, et qui ne ressemble à aucun autre”.Le client – appelé “membre” – est directement installé à son arrivée dans l’une des 18 “suites”, dans laquelle se relaieront autour de lui, pendant quatre heures, des professionnels de santé.Au programme: 36 bilans dont l’analyse de 145 marqueurs biologiques, un électrocardiogramme, une échographie complète du corps, l’analyse du microbiote et quatre examens d’imagerie avancée – pour un prix total de 3.600 euros, non pris en charge par la Sécurité sociale.”Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. On a donc créé un service de santé préventive qui vise à comprendre les risques auxquels vous êtes exposés et vous fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à les réduire”, décrit à l’AFP M. Emelien.Une approche “extrêmement élitiste”, fustige Christine Ferron, déléguée générale de Fédération promotion santé, association qui mène des actions de prévention partout en France, et pour qui il est “inacceptable de considérer que cette offre serait une réponse adéquate aux problématiques de santé que l’on rencontre aujourd’hui”. Début janvier, l’arrivée chez Zoï de Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé et figure des années Covid en France, a d’ailleurs suscité l’indignation de certains de ses confrères.”J’ai toujours été un fervent partisan de la prévention”, se défend-il auprès de l’AFP. “Les bilans que l’on fait ici, et c’est pour ça que je suis venu, ce n’est pas uniquement des dépenses multiples ou des choix cosmétiques, c’est vraiment des examens ciblés pour être les plus pertinents dans une démarche de médecine préventive”, affirme-t-il.- Pas d’efficacité démontrée -Cette entreprise n’est pas la seule sur ce créneau. Pionnier, l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) propose aussi des bilans de santé depuis plus de trente ans pour plusieurs milliers d’euros. D’autres start-up, comme Lucis ou Kor, se sont lancées récemment.Créée en janvier 2025, Lucis (5.000 utilisateurs revendiqués) est une “plateforme de santé préventive, adossée à des réseaux de laboratoire”, présente à l’AFP son fondateur, Max Berthelot.Pour 490 euros annuels, l’abonnement comprend deux bilans (analyse de 110 biomarqueurs, microbiote, âge biologique) qui donnent lieu à des recommandations “autour de la nutrition, du sommeil, de l’activité physique, du stress, etc.”, détaille-t-il.Pas de quoi convaincre Christine Ferron, pour qui les bilans proposés par cette offre privée n’ont pas “démontré leur efficacité” et ne correspondent à “aucune recommandation officielle”.L’analyse du microbiote n’est par exemple pas recommandée par la Société nationale française de gastro-entérologie ; tandis que l’âge biologique – l’âge des cellules qui diffèrerait de l’âge chronologique – “fait l’objet de nombreuses recherches, mais ne permet pas encore d’applications cliniques”, souligne le biologiste Eric Gilson, spécialiste du vieillissement.Quant à l’analyse des biomarqueurs, utilisée notamment pour prévoir les risques de maladie, “ce ne sont que des probabilités”, qui sont surtout modulables “selon l’environnement”, rappelle Marion Albouy, médecin de santé publique. D’ailleurs, observe-t-elle, le fait d’être informé d’un risque ne suffit pas à changer une habitude, comme par exemple celle de fumer ou boire de l’alcool, note la cheffe du service de santé publique du CHU de Poitiers.Selon Zoï, qui assure “ne pas faire d’examens inutiles”, 90% de leurs clients déclarent suivre les recommandations les plus importantes, notamment grâce “au suivi via une application”.- Bilans gratuits – Depuis son ouverture il y a deux ans, le centre a réalisé plus de 3.000 check-up – dont la moitié à des cadres, envoyés par leur entreprise, comme le géant français des cosmétiques L’Oréal ou celui de l’eau et des déchets Veolia. “Non seulement ça les assure contre des risques mais ça améliore aussi les performances, ça réduit l’absentéisme, ça réduit le burn-out”, assure M. Emelien.Pour Marie Persiani, vice-présidente de la Fédération promotion santé, cette vision de la prévention “très centrée sur l’individu” est “trop limitée pour être efficace”, puisqu’elle occulte de nombreux facteurs “plus déterminants” comme les conditions de vie ou de travail.Aussi, considérer l’individu comme “gestionnaire de ses propres risques” revient à lui “donner l’illusion de pouvoir contrôler sa trajectoire” en “surfant sur ses inquiétudes”.Sans oublier que cette multiplication de tests augmente le risque de déceler des potentielles anomalies “qui n’auraient jamais évolué”: “Cela peut entraîner des traitements invasifs, des opérations, des biopsies, donc beaucoup d’anxiété et de surtraitement”, avertit Mme Persiani.Les Français ont aussi déjà accès -gratuitement- à des check-up. Le dispositif “Mon bilan prévention”, généralisé en 2024, s’adresse ainsi à quatre tranches d’âge ciblées -18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, ou 70-75 ans- et consiste à faire le point sur sa santé.Selon les chiffres de l’assurance maladie, 170.000 bilans ont été réalisés au cours des 18 premiers mois du lancement du dispositif – loin des plus de 20 millions de Français concernés.En matière de prévention, “il faut surtout consolider ce qu’on a déjà”, avance le Dr Albouy. Elle s’inquiète d’une “dérive qui résumerait la prévention” à ces bilans proposés par des start-up, qui ne sont qu’un “gadget” et participent à “l’aggravation des inégalités sociales”.Pour Christine Ferron, en plus d’être réservée à “une poignée de privilégiés”, cette offre privée se crée “au détriment du reste de la population”. Ces bilans mobilisent des ressources “en matériel et en professionnels alors que la population manque cruellement d’accès aux soins”, dénonce-t-elle.