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La Ciivise décapitée, plongée dans une nouvelle crise

La Ciivise est à nouveau plongée dans une crise majeure jeudi, décapitée après la démission de deux de ses trois dirigeants, l’association Face à l’Inceste dénonçant un “climat délètère” et un “musèlement de la parole”.L’association Face à l’Inceste a annoncé jeudi “claquer la porte” de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), affirmant que “la parole des victimes n’est plus la boussole” de la commission.Celle-ci “se distancie des promesses faites aux victimes”, a affirmé à l’AFP la présidente de Face à l’Inceste, Solène Podevin Favre, membre du collège directeur de la Ciivise depuis avril 2024.Un autre membre du triumvirat directeur, le pédopsychiatre Thierry Baubet, spécialiste du psychotrauma, avait annoncé sa démission la veille, invoquant sur le réseau social LinkedIn “des désaccords sur des décisions prises et sur les modalités de fonctionnement”, mais se disant astreint à la “confidentialité”.La Ciivise a été lancée en 2021 par le gouvernement dans le sillage des révélations de “La Familia Grande” de Camille Kouchner, et chargée de conseiller le gouvernement dans la lutte contre l’inceste. Face à l’Inceste était associée à ses travaux depuis leur lancement.Sous la houlette de l’emblématique juge Edouard Durand, la Commission a recueilli 30.000 témoignages de victimes et remis en novembre 2023 un rapport de 82 préconisations pour protéger les enfants contre les violences sexuelles, et accompagner les adultes qui en ont été victimes. Très peu se sont concrétisées.”Certains, au sein de la commission, remettent en cause les 82 recommandations”, dénonce Solène Podevin Favre. Ils “se refusent à penser des questions centrales comme l’ordonnance de protection immédiate de l’enfant, l’inclusion des cousins comme auteurs incestueux, l’élaboration d’une infraction spécifique d’inceste, l’imprescriptibilité”, précise Face à l’Inceste dans un communiqué.Comptant plus d’une trentaine de membres experts (issus de la santé, la police, la justice), la Ciivise s’est divisée notamment sur le sujet polémique de l’imprescriptibilité des violences sexuelles sur mineurs, avec des échanges très tendus, selon des sources internes.Face à l’Inceste met en cause un “climat délétère, une parole muselée”. “Nous sommes écartés de certains travaux, notamment qui concernent le volet juridique”, a dit Mme Podevin, reçue jeudi par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. – Mission indépendante d’appui -Cette dernière a “pris acte” de ces démissions, relevant dans un communiqué, qu’une “instance indépendante ne peut remplir pleinement sa mission que dans un climat de dialogue respectueux” et “de reconnaissance de la pluralité des expertises, y compris celle issue du vécu des victimes”.La ministre souhaite le lancement d’une “mission indépendante d’appui à la transformation de la Ciivise, afin de garantir la continuité” de ses travaux, “en engageant les évolutions nécessaires sur le plan des méthodes de travail, de l’organisation interne”.Depuis le départ du juge Durand, la Ciivise a connu de nombreux problèmes de gouvernance, avec notamment début 2024 la démission de sa vice-présidente, Caroline Rey-Salmon, visée par une plainte pour agression sexuelle dans le cadre d’une expertise médicale, aujourd’hui classée, puis de son président Sébastien Boueilh.Mme Podevin a dénoncé aussi le manque de moyens accordés à la Ciivise depuis la mise à l’écart du juge Durand par le gouvernement fin 2023.”Le gouvernement a maintenu la Ciivise, mais en la vidant de moyens et de sens. Elle n’a plus qu’un secrétaire général et une deuxième personne depuis début janvier. Ce sont des moyens dérisoires. Nous sommes tous bénévoles”, a-t-elle souligné.”Il y a cinq ans, le président de la République avait dit aux victimes qu’il ferait évoluer les lois. Cinq ans plus tard, les évolutions juridiques se comptent sur les doigts d’une seule main”, a-t-elle dit.”L’expertise, les données, les recommandations, tout est sur la table. Si une politique publique, volontaire, transversale n’est pas décidée, c’est un choix politique”, regrette-t-elle. L’association va se consacrer à la coopération avec des parlementaires pour faire avancer des textes qui reprennent des recommandations de la Ciivise. Plusieurs sont en préparation, notamment sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, l’inclusion des cousins dans la définition de l’inceste ou encore la création d’une ordonnance de protection pour les enfants.

Le Crédit Agricole en grève pour la rémunération et l’emploi

La colère sociale monte au sein des caisses régionales du Crédit Agricole: plusieurs syndicats ont appelé à un débrayage jeudi, regrettant des augmentations de salaires insuffisantes l’an dernier et la mise en place d’un plan de transformation menaçant l’emploi.Les quelque 78.000 salariés de la fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), qui regroupe les 39 caisses régionales et plusieurs filiales associées (spécialisées dans l’informatique ou la formation par exemple) sont invités à arrêter le travail deux heures jeudi, voire une demi-journée ou une journée pour ceux qui le souhaitent.A la mi-journée, la FNCA comptabilisait “quelques centaines de participants” aux différentes mobilisations et des taux de grévistes inférieurs à 5% “dans la plupart des caisses régionales”.A Paris, une vingtaine de salariés de la caisse régionale d’Ile-de-France se sont rassemblés devant le siège et ont distribué des tracts à leurs collègues, a constaté une journaliste de l’AFP.”Les augmentations générales de salaires sont bloquées à 0,5% (…) c’est insatisfaisant. Et le Crédit Agricole a les moyens d’augmenter nos salaires”, a déploré Corinne Kazmierczak, porte-parole du Sneca CFE-CGC Ile-de-France.Elle dénonce également des restructurations qui n’ont pour objectif, selon elle, que la rentabilité.La grève est rare dans le secteur bancaire, d’autant plus dans une banque mutualiste comme le Crédit Agricole. L’action de jeudi a même été qualifiée de “grande première” dans une communication syndicale adressée la semaine dernière aux salariés.Contacté par l’AFP, le secrétaire national Sud-Crédit agricole Mutuel (Sud-Cam) Jean-Yves Salvat dénonce de son côté un “manque de respect” de la direction dans les négociations salariales menées en fin d’année dernière, et souhaite leur réouverture.Les syndicats n’ont pas digéré l’échec de ces négociations, qui se sont soldées par une augmentation générale d’environ 0,5%.”La négociation a été forcément une négociation difficile”, concède auprès de l’AFP François-Xavier Heulle, directeur général adjoint de la FNCA en charge des ressources humaines, qui met en avant la part supplémentaire d’augmentations individuelles à la discrétion des caisses régionales, qui sont des banques coopératives autonomes.- “Efficacité” -Les syndicats se mobilisent également contre les potentiels effets d’un plan de mutualisation de certains métiers porté par la direction et baptisé “efficacité”.Ce programme vise à “être un peu plus +industriel+ dans la façon de traiter les opérations” parmi les caisses régionales du Crédit Agricole, explique de son côté le directeur adjoint de la FNCA en charge de la transformation et de la performance, Eric Gonce.”Il y a des transformations, on ne nie pas évidemment que ça puisse inquiéter”, continue-t-il.L’objectif du plan se limite à “essayer de baisser la masse salariale en regroupant des services partout en France”, balaye M. Salvat, qui cite en exemple une menace sur 150 postes dans la caisse régionale du Centre Ouest, qui regroupe les départements de la Haute-Vienne et de l’Indre.Le responsable syndical souhaite être davantage “associé” au projet “efficacité”, en négociant réellement les mesures d’accompagnement pour les salariés.Les syndicats sont également attentifs au nombre d’agences, dont la baisse s’est amorcée au tournant des années 2010, selon un décompte tenu par Sud-cam.Le syndicat constate une accélération du phénomène, avec 112 agences fermées l’an dernier, deux fois plus que les années précédentes.Le Crédit Agricole ne fait pas face à des problèmes de rentabilité: le bénéfice net part du groupe des caisses régionales approche des 3,2 milliards d’euros pour les trois premiers trimestres de 2025.La banque a vu l’arrivée en mai 2025 d’un nouveau directeur général au sein de l’entité cotée du groupe (Casa), Olivier Gavalda.Les craintes sur l’emploi dans l’industrie bancaire se matérialisent en outre jeudi pour un concurrent du Crédit Agricole.Société Générale a ainsi annoncé un projet de réorganisation qui prévoit la suppression de 1.800 postes en France d’ici à fin 2027, sans procéder à un plan de départs.

Trois départements bretons en vigilance orange crues

Des inondations étaient en cours jeudi dans la ville de Quimperlé (Finistère), alors que Météo-France a placé jeudi l’Ille-et-Vilaine en vigilance orange crues, en plus du Finistère et du Morbihan.Dans le centre-ville de Quimperlé, quai Brizeux, l’eau est montée à 4,47 mètres dépassant les barrières anti-inondations, a indiqué le maire de la ville, Michaël Quernez, à l’AFP.”Les premières évacuations ont lieu en ce moment, avec le concours des pompiers”, a ajouté l’élu. Des riverains des quais ont été bloqués dans les étages par la montée des eaux. Des voitures avaient les roues sous l’eau, a constaté un journaliste de l’AFP.”Il n’y aura pas de reflux significatif aujourd’hui, demain non plus”, a estimé Michaël Quernez.Le pic de la crue est attendu entre 08H30 et 11H00, selon la préfecture du Finistère, qui a précisé que l’évacuation de 13 personnes étaient en cours. Le centre-ville est rendu inaccessible et les pompiers ont activé un poste de commandement avancé et déployé des moyens supplémentaires, dont des embarcations nautiques, a détaillé la préfecture.Trois rivières sont concernées par la vigilance orange: l’Oust, la Laïta et le Blavet. L’Odet, qui traverse Quimper, est repassé en vigilance jaune.”La marée de ce matin est arrivée concomitamment au maximum de la crue des affluents”, a précisé Vigicrues dans son bulletin de 10h. “Les niveaux vont repartir à la baisse (…) mais la Laïta (qui traverse Quimperlé) restera à un niveau très élevé malgré la décrue”. Les coefficients élevés des marées vont “limiter l’évacuation des crues au moment des pleines mers”, a ajouté Vigicrues. De nouvelles pluies sont attendues vendredi.Plusieurs routes sont fermées à la circulation dans le Finistère, a encore fait savoir la préfecture.A Malestroit, dans le Morbihan, “la pointe de crue est attendue dans la nuit de jeudi à vendredi”, a fait savoir Vigicrues.Météo-France a précisé par ailleurs qu’un passage en vigilance orange “vagues-submersion” vendredi soir “n’est pas exclu” pour le Finistère et le Morbihan. Ces départements pourraient être touchés par la dépression Ingrid, dont la trajectoire est “encore incertaine”.

Le Livret A boudé par les épargnants l’an dernier

Le Livret A n’a plus la cote: les épargnants ont retiré plus d’argent qu’ils n’en ont déposé sur leurs Livrets A l’an dernier, une première depuis 2015 liée à des taux en berne et une concurrence féroce de l’assurance vie.”C’est un retour de balancier qui est tout à fait logique”, a estimé lors d’un échange avec des journalistes le directeur financier du fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations CDC) Stéphane Magnan, après plusieurs années de dépôts importants.Dans le détail, les retraits ont dépassé les dépôts de 2,12 milliards d’euros en 2025, selon les données de la CDC publiées jeudi, malgré un mois de décembre honorable.Cette situation dite de “décollecte nette” est rare en année pleine pour le produit financier le plus populaire en France, détenu par 57 millions d’épargnants qui y ont placé près de 450 milliards d’euros.Elle arrive après plusieurs années fastes pour le Livret A: l’encours avait fortement augmenté ces dernières années, notamment depuis le début de la pandémie de Covid-19.La capacité d’épargne élevée des Français, motivée par le fort degré d’incertitude, voire d’inquiétude, concernant leur avenir et celui du pays, est toujours intacte.Mais elle ne profite plus au Livret A, dont l’attrait a été plombé l’an dernier par les deux baisses successives de son taux de rémunération: de 3% à 2,4% au mois de février, puis de 2,4% à 1,7% en août.”Cette baisse a amené les ménages à réaliser des arbitrages” en sa défaveur, constate dans une note le président du Cercle de l’épargne Philippe Crevel.- Perspectives moroses -Le taux de rendement des produits concurrents, les fonds euros de l’assurance vie, commercialisés par les réseaux bancaires et les compagnies d’assurance, apparaissait dans le même temps comme plus compétitif, à 2,65% en moyenne, selon les estimations de plusieurs experts de l’épargne.Le montant de collecte nette de l’assurance vie pour 2025 sera connu de source officielle la semaine prochaine, mais le Magistère Banque-Finance de l’université Panthéon-Assas table déjà sur 50 milliards d’euros.La nouvelle baisse à venir du taux du Livret A, à 1,5% le 1er février, ne devrait pas permettre d’inverser la tendance, a expliqué à l’AFP Marc Campi, associé au sein du cabinet Square Management.Ce dernier taux s’entend toutefois net d’impôts, contrairement à ceux des fonds euros qui sont soumis à des prélèvements sociaux et fiscaux pouvant aller jusqu’à 30%.Le petit livret rouge n’a également pas bénéficié d’un soutien massif des établissements bancaires, à qui il coûte cher. Peu promeuvent les produits d’épargne réglementée sur leurs étagères.Beaucoup d’agents économiques, dont le ministère de l’Economie et la Banque de France, ont par ailleurs volontiers mis en avant des placements financiers concurrents et plus risqués, destinés au financement du capital des entreprises.Le Livret A et son cousin le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) pâtissent du manque de transparence de la “Caisse” sur l’utilisation des fonds, dont une partie est investie au capital d’entreprises dont la liste n’est pas publique.- Le LEP à la peine -Le LDDS s’en cependant est un peu mieux sorti l’an dernier que le Livret A, avec une collecte nette positive de 1,65 milliard d’euros. Les deux produits, gérés par les banques et par la Caisse des dépôts, totalisaient fin décembre 615,2 milliards d’euros. Ils ont rapporté 12,64 milliards d’euros d’intérêts à leurs possesseurs, précise jeudi la CDC.La CDC a également partagé jeudi les données concernant le Livret d’épargne populaire (LEP), affichant un taux avantageux (2,5% à partir du 1er février) mais réservé aux ménages modestes.Malgré les efforts déclarés de la Banque de France et de Bercy, les LEP ont connu eux aussi l’an dernier une situation de décollecte nette, de 840 millions d’euros, essentiellement due à la radiation des titulaires n’étant plus éligibles du fait d’une augmentation de leurs revenus.Seules 12 millions de personnes détiennent un LEP, un nombre très loin des quelque 31 millions éligibles en France.”Les chiffres d’ouvertures de LEP sont un peu décevant”, a déploré M. Magnan, “il y a clairement une question d’information de l’ensemble des gens qui pourraient avoir un LEP et qui ne l’ont pas encore ouvert”.

Société Générale annonce prévoir 1.800 suppressions de postes en France d’ici 2027, sans plan de départs

La Société Générale annonce qu’elle va présenter jeudi un projet de réorganisation qui prévoit la suppression de 1.800 postes en France d’ici à fin 2027, sans procéder à un plan de départs.Le groupe, qui compte 40.000 collaborateurs en France, ajoute dans un communiqué que ce projet s’appuiera sur des “départs naturels” et de la “mobilité interne”.Ces suppressions, qui seront annoncées officiellement jeudi aux représentants du personnel, concernent “plusieurs activités et fonctions centrales au siège, ainsi que l’organisation régionale de la Banque de détail”, détaille la Société Générale.”Le réseau d’agences n’est pas concerné”, précise la banque.La CGT, qui avait dévoilé ce plan dès mercredi dans un tract, a dénoncé une “politique du fait accompli”. “Pour la direction, le taux d’attrition naturel de 5% (départs volontaires ou en retraite, NDLR) et la faiblesse d’ouvertures de postes au recrutement font qu’il n’y aurait pas besoin de dispositifs d’accompagnement que nous connaissions jusqu’à présent (départs seniors, plan de départs volontaires, reclassements volontaires, …)”, a déploré l’organisation syndicale.En février 2024, la banque avait déjà annoncé la suppression d’environ 900 postes à son siège, “sans départs contraints”, soit 5% des effectifs du siège, dans le cadre d’un vaste plan de réduction des coûts lancé par son directeur général Slawomir Krupa. Ce plan devrait être validé lors d’une plénière exceptionnelle des représentants du personnel fin avril, selon la CGT.”Ce n’est pas une surprise. Toutes ces banques avaient énormément recruté (…) avant la digitalisation”, a relevé le directeur général de la banque publique d’investissement Bpifrance, Nicolas Dufourcq, sur BFMTV/RMC.”Maintenant, la digitalisation a pris une telle ampleur que je peux comprendre qu’il y ait moins besoin de personnes physiques, honnêtement”, a-t-il ajouté. 

Municipales: moins de voitures, plus de vélos, on continue?

Une politique pro-vélo vertueuse, ou une offensive anti-voiture excessive? Dans plusieurs grandes villes, la question des mobilités est un sujet clivant dans la campagne pour les municipales, à l’instar des débats à Strasbourg, Paris ou Lyon. Dans la métropole alsacienne, la plus cyclable de France avec 15,3% des habitants allant travailler à bicyclette, selon les dernières données publiées par l’Insee, la maire écologiste Jeanne Barseghian, candidate à un second mandat, loue sa “révolution des mobilités”.Création d’un anneau cyclable autour du centre-ville, réseau de trains voulu comme l’équivalent du RER francilien, extension du tramway, nouvelles lignes de bus, gratuité des transports en commun pour les mineurs: dans une ville “pionnière en matière de transport collectif et de vélos”, la maire affirme s’inscrire dans une tendance “qui correspond aussi aux demandes sociétales dans les centres urbains et métropoles”.A Paris, où le nombre de pistes cyclables a été démultiplié, pour atteindre 1.500 km, “le vélo a gagné sur les voitures”, se félicitait mi-janvier la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, qui dirige la capitale depuis 12 ans avec les écologistes.A Lyon et dans son agglomération, les écologistes élus en 2020 ont eux aussi prolongé le réseau de tramway, créé des pistes cyclables et piétonnisé le centre-ville.Le maire Grégory Doucet ou le président de la métropole Bruno Bernard veulent poursuivre avec la piétonnisation des berges du Rhône s’ils sont réélus. Conscients du “ras-le-bol” causés par les travaux, ils insistent toutefois davantage dans leur campagne sur les problématiques sociales, comme le logement.- “Ca va trop vite” -L’ancien patron de l’OL Jean-Michel Aulas, qui fait aujourd’hui figure de favori pour leur ravir la mairie, n’a de cesse de pester contre les embouteillages provoqués par ces aménagements. Dénonçant “l’incurie” ou le “dogmatisme” des sortants, ce candidat sans étiquette soutenu par la droite et le centre a pris le contre-pied de leur politique et propose notamment de creuser un tunnel routier de 8 km sous la colline de Fourvière.Pour Mariane Thébert, chercheuse spécialiste des mobilités à l’université Gustave-Eiffel à Marne-la-Vallée, le fait d’être face à des majorités écologistes “incite, pour l’opposition municipale, à instrumentaliser cette question de la voiture”.”Il y a un consensus politique assez clair sur le fait que la voiture n’est pas un mode adapté à un environnement urbain dense”, mais il est en revanche “politiquement admissible”, pour les opposants, d’affirmer que le vélo “est gênant pour les piétons et les transports collectifs”, dit-elle. En outre, “la méthode, le +ça va trop vite+, le +c’est pas assez concerté+, le +c’est dogmatique+, ça fonctionne très bien” comme angles d’attaque, ajoute-t-elle.A Strasbourg, le candidat Les Républicains Jean-Philippe Vetter dénonce ainsi volontiers la méthode des écologistes.- Irréaliste -“Dès qu’on n’est pas d’accord avec eux, on est des pollueurs, on est souvent méprisés”, avance le candidat, pour qui l’automobile, si “elle ne doit pas être partout”, est cependant “utile parfois”. Il dénonce un prix du stationnement en centre-ville “délirant” et “excluant pour les plus modestes”.Un autre angle d’attaque, pour les opposants à Jeanne Barseghian, est le naufrage d’un de ses projets-phares: l’extension du tramway vers le nord de la métropole strasbourgeoise, torpillée fin 2024 par un rarissime avis défavorable de la commission d’enquête publique.Les enquêteurs ont été très sévères avec la réduction de la circulation automobile qui accompagnait les aménagements prévus pour le tram, jugeant irréaliste de penser que les automobilistes pourraient changer leurs habitudes.A Paris, l’opposition pointe un développement des pistes cyclables mené au détriment des piétons, faute d’une vraie séparation de ces voies nouvelles. La candidate de droite Rachida Dati, qui dénonce un “chaos généralisé” dans les rues de la capitale, a proposé des mesures pour “apaiser” la circulation, sans toutefois prévoir une réduction de la place du vélo “à l’échelle du tout Paris”.A Strasbourg, la maire écologiste, en mauvaise posture dans les sondages derrière la socialiste Catherine Trautmann, assume cependant son bilan, et promet de poursuivre dans cette voie. “Je ne partage pas du tout le fait de dire que les transports en commun ou la marche et le vélo auraient moins la cote”, dit-elle à l’AFP.

Le Conseil de l’Europe “alarmé” par les prisons en France

Surpopulation, insalubrité, violences. Le Conseil de l’Europe a dénoncé jeudi l’état des prisons françaises, mettant en garde dans un rapport contre une évolution en “entrepôt humain”.”Nous sommes extrêmement inquiets quant aux conditions d’incarcération en France”, a déclaré Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe, vigie des droits fondamentaux sur le continent, cité dans un communiqué.Une délégation du CPT a effectué une visite en France fin 2024 dans quatre prisons (Fleury-Mérogis et Fresnes en région parisienne, Baumettes à Marseille dans le sud et Villefranche-sur-Saône dans le Rhône) et à l’établissement pénitentiaire pour mineurs de la Valentine-Marseille.Bilan de la visite : “l’accroissement de la surpopulation carcérale est particulièrement alarmant”. “La surpopulation carcérale peut transformer une prison en un entrepôt humain” , écrit le CPT, dont le précédent rapport sur la France remontait à 2021.La très grande majorité des détenus rencontrés n’a pas fait état de mauvais traitements physiques de la part du personnel pénitentiaire, reconnaissent les auteurs du rapport.”Néanmoins, la délégation a recueilli des allégations crédibles de violences physiques”, notamment des claques et des coups, selon le document, qui évoque une situation “particulièrement préoccupante” à Fresnes et Villefranche-sur-Saône. La violence physique entre détenus était répandue, notamment dans “les cours de promenade, où le personnel pénitentiaire n’intervenait généralement pas”. Au point que certains refusent “de sortir de leur cellule par crainte de violence”.- Rats, cafards… -Du côté des bâtiments, le CPT note que la prison des Baumettes et la maison d’arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis ont fait l’objet d’une rénovation complète. En revanche, “les conditions d’incarcération à la prison de Fresnes étaient indignes, avec des locaux et des cellules humides, vétustes et insalubres, ainsi que la présence alarmante de rats, de cafards et de punaises de lit”.A Villefranche et à la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis, “les cellules étaient vétustes et décrépites, avec du mobilier et des fenêtres cassés”. Le rapport déplore de façon générale le “régime d’activités assez pauvre” des prisonniers, qui passent “près de 20 heures par jour en cellule et encore plus le week-end”. Un manque encore plus criant dans les quartiers pour mineurs où “l’enseignement se limitait souvent à une à deux heures par jour”.La délégation du CPT a visité en outre 14 établissements de police et de gendarmerie. Elle y a constaté des conditions souvent insalubres dans les commissariats, avec des toilettes bouchées.Des détenus interrogés ont fait état de coups, voire de violences évoquant la mort de George Floyd en 2020 aux Etats-Unis : “plusieurs hommes ont décrit avoir été plaqués au sol puis maintenus par plusieurs policiers, certains exerçant une pression avec leurs genoux au niveau du thorax et de la nuque, parfois avec un pied écrasant le visage”.”Une telle technique devrait être revue car elle présente un risque important d’asphyxie”, avertit le CPT.- Travaux -Dans leur réponse contenue dans le rapport, les autorités françaises “indiquent leur intention de renforcer la formation dispensée aux forces de l’ordre” et s’engagent “à réaliser des travaux ou des améliorations des conditions matérielles”.Début janvier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a dit vouloir vaincre la surpopulation carcérale, notamment en construisant des prisons, mais en écartant toute régulation du nombre de détenus. Son ministère compte ouvrir d’ici un an et demi 3.000 places supplémentaires dans des prisons modulaires.Selon les chiffres officiels, il y avait un nombre record de 86.229 détenus pour 63.613 places de prison en France au 1er décembre 2025, soit un taux d’occupation globale de 136,5%.”Le CPT est fermement convaincu que la construction de nouvelles prisons ou l’augmentation de la capacité des prisons ne constituent pas une solution durable au problème de la surpopulation”, selon le rapport.La France figure parmi les mauvais élèves en Europe en termes de densité carcérale. Seules la Slovénie et Chypre font pire, selon une étude publiée en juillet par le Conseil de l’Europe, qui compte 46 pays membres.

La procureure de Paris dévoile ses pistes pour “entraver” les dérives mafieuses

Il y a “des clignotants, et en tout cas une pensée mafieuse”: la procureure de Paris Laure Beccuau présente, dans un entretien à l’AFP, ses pistes pour entraver les dérives mafieuses, l’une de ses priorités pour 2026.Après l’entrée en fonctions du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), début janvier, désormais chargé des dossiers de “très grande complexité”, le parquet de Paris, premier parquet de France, reste mobilisé dans la lutte contre la criminalité organisée, en région parisienne et au-delà, sur le territoire de sa juridiction interrégionale spécialisée (Jirs).Réponse: “Quand on parle de mafia, on parle du système de mafia italienne. En revanche, il n’y a pas encore de mafias endogènes – dans le sens de structures mafieuses similaires aux mafias italiennes mais nées sur le territoire français.Néanmoins, on a des clignotants, et en tout cas, une pensée mafieuse. L’assassinat de Mehdi Kessaci pour la seule raison qu’il était le frère de quelqu’un qui veut lutter contre l’implantation d’une contre-société, notamment, on peut le lire comme l’émergence de cette pensée mafieuse.Or, une fois que la mafia l’emporte, sa présence sur le territoire n’est plus remise en cause par les habitants. Ils voient alors la structure mafieuse comme leur référence pour obtenir des emplois, pour les protéger: c’est devenu une contre-société.R: Nous n’en sommes pas là. En revanche, il y a des clignotants, par exemple quand vous entendez dire que des trafiquants de stupéfiants montent les courses des personnes âgées ou aident à obtenir des emplois ou des logements sociaux. Il y a déjà là une forme d’installation d’une contre-société et des repères qui se brouillent. En quelque sorte, des +malfaiteurs+ se substituent aux autorités publiques dans les attentes des habitants, comme pour la sécurité.Après avoir rendu service à des personnes âgées, à des jeunes, avoir aidé un petit commerçant, on peut imaginer – et ça s’est déjà vu – que les malfaiteurs vont demander en échange aux habitants du quartier de voter pour tel ou tel. De même, à force de blanchir (des fonds) dans les petits commerces, c’est progressivement l’économie légale qui est vérolée.On a pu voir cela émerger dans des quartiers en Seine-Saint-Denis ou ailleurs dans le ressort de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs, dont la compétence s’étend bien au-delà de la région parisienne, incluant par exemple Orléans ou La Réunion). La loi a créé depuis juin 2025 l’infraction de participation à une organisation criminelle indépendamment de la préparation d’une infraction particulière, précisément pour enrayer toute velléité de développement d’un potentiel phénomène mafieux.R: Nous allons nous rendre dans tous les tribunaux qui relèvent de la Jirs de Paris pour discuter avec les collègues magistrats et les enquêteurs, les écouter sur ce qu’ils repèrent (…), les inciter à surveiller ces phénomènes, à travailler dans les quartiers en termes de renseignement criminel, de cibles, de dialogue avec les habitants.Le Pnaco (Parquet national anticriminalité organisée) est désormais chargé des dossiers de très grande complexité et des cibles nationales (…). Mais la lutte contre la criminalité organisée restera éminemment territoriale parce que c’est par là qu’on obtient le renseignement, et c’est par la présence locale qu’on rassure les habitants.Mes objectifs prioritaires sont l’entrave, au-delà des saisies elles-mêmes de produits stupéfiants: l’entrave à la circulation des produits, à tout ce qui va bénéficier au réseau criminel, à leur communication via les plateformes, à la réintroduction du profit criminel dans l’économie légale”.

Fin de vie: les sénateurs s’opposent à toute forme d’aide à mourir

Les sénateurs se sont opposés mercredi à la création de toute forme d’aide à mourir lors des débats sur la fin de vie, l’hémicycle dominé par la droite enterrant cette réforme sociétale majeure qui devrait toutefois bientôt revenir à l’Assemblée nationale.Très chaotiques et confus, les débats ont tourné court avec le rejet d’un premier article fixant les conditions requises pour accéder à un dispositif de suicide assisté ou d’euthanasie.Plus tard, dans la soirée, la droite sénatoriale a définitivement enterré le projet de loi en réécrivant entièrement l’article-clé créant l’aide active à mourir, le vidant de sa substance. L’amendement déposé par des sénateurs, dont certains proches du patron des Républicains Bruno Retailleau, a remplacé cette assistance médicale à mourir par un “droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance”.”Nous sommes en train de voter, chers collègues, un texte qui revient sur la loi Claeys-Léonetti”, s’est inquiété le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, estimant que la mesure votée pourrait interdire demain l’arrêt de l’hydratation lors d’une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès.L’examen du reste des articles, par exemple sur la clause de conscience des médecins, s’est poursuivi et fini dans la soirée malgré la suppression dans le texte du dispositif d’assistance médicale à mourir, les sénateurs dénonçant l’absurdité des débats sur un “texte fantôme”, “une mascarade” pour certains.Les échanges ont été particulièrement houleux au sein de l’hémicycle pourtant réputé plus sage que le Palais-Bourbon. Une partie de la gauche a notamment accusé certains sénateurs de rejeter le texte en raison de leurs convictions religieuses.Un vote solennel sur l’ensemble de la proposition de loi du député Olivier Falorni reste prévu mercredi 28 janvier, mais il n’aura guère de sens, car le texte est amputé de son ossature. La suite du processus parlementaire risque donc essentiellement de se dérouler à l’Assemblée nationale, où une nette majorité avait pu se dégager, au contraire du Sénat. Le gouvernement espère saisir les députés en deuxième lecture au plus vite, potentiellement dès le mois de février.L’article concernant les conditions d’accès à l’aide à mourir a été rejeté pour des raisons diverses. Une grande partie de la droite et des centristes, opposés à toute forme d’aide à mourir dans le sillage de Bruno Retailleau, ont voté contre.Pourtant la ligne tenue jusqu’ici par la majorité sénatoriale militait non pas pour un rejet du texte, mais pour l’adoption d’un dispositif beaucoup plus strictement encadré.Le président de la commission des Affaires sociales du Sénat, Philippe Mouiller (Les Républicains) s’est ainsi ému du rejet de cet article “clé de voute” du texte. Le groupe socialiste s’y est opposé car la rédaction avait été considérablement modifiée et s’éloignait trop, selon lui, du dispositif voté à l’Assemblée nationale en juin 2025.L’enseignement de ce vote est sans appel: les divergences de vue du Sénat étaient sans doute trop importantes pour que la chambre haute puisse aboutir à un texte cohérent soutenu par une majorité.- “Un triste soir” -“C’est un triste soir pour le Sénat que nous vivons collectivement”, s’est désolé le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner. “Le Sénat a fait de ce texte une forme d’agonie politique. Nous sommes en train de ridiculiser la Haute assemblée sur un sujet essentiel pour les Français”, a-t-il ajouté, s’attaquant aux divisions de la droite.”On ne peut pas demander à des sénateurs qui sont opposés à l’euthanasie et au suicide assisté de voter pour un article comme (celui-là). C’est impossible. C’est tout”, a rétorqué le centriste Loïc Hervé. “En mon âme et conscience, je ne peux pas voter un texte de reconnaissance de l’aide à mourir si nous n’avons pas le droit aux soins palliatifs”, a renchéri la sénatrice LR Marie Mercier.Le Sénat examinera en effet à partir du lundi 26 janvier une autre proposition de loi sur les soins palliatifs, plus consensuelle. De nombreux parlementaires ont d’ailleurs regretté que ce texte n’ait pas été examiné en premier.Le calendrier parlementaire de cette réforme sera long, car il faudra encore au moins un aller-retour entre les deux chambres. Mais l’absence de majorité au Sénat semble désormais indiquer une chose: le consensus aura probablement lieu à l’Assemblée, à qui le gouvernement peut donner le dernier mot.”Le Sénat montre son incapacité, contrairement à l’Assemblée, à trouver un compromis sur un texte aussi important”, a regretté Jonathan Denis, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), appelant au retour rapide du texte à l’Assemblée.Si cette réforme majeure du second quinquennat d’Emmanuel Macron aboutissait, la France rejoindrait d’autres pays ayant légiféré sur la question, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, le Canada.