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En Charente-Maritime, le maire, les éoliennes et le litige à 44 M EUR

Quarante-quatre millions d’euros: c’est la somme qu’un développeur allemand d’éoliennes réclame devant la justice à un village de Charente-Maritime et à une cinquantaine de propriétaires de parcelles, auxquels il reproche d’avoir renoncé à son projet d’implantation.Validé par arrêté préfectoral le 18 octobre 2019, le parc des Chênaies Hautes devait voir le jour sur trois communes près de La Rochelle, dont celle de Puyrolland, à l’initiative de la filiale française du groupe allemand Windstrom qui a déjà planté plus de 470 mâts en Europe.Ces terres des Vals de Saintonge, très prisées par la filière, concentraient 15% des éoliennes de Nouvelle-Aquitaine en 2023.Mais il n’y en a toujours pas à Puyrolland, ce qui vaut à ce village de 200 habitants et à la cinquantaine de propriétaires d’être assignés au civil devant le tribunal de Saintes, où une audience procédurale se tient mercredi — le fond du dossier ne sera pas encore abordé.Le groupe allemand dénonce le refus de la municipalité d’accorder les autorisations de voirie nécessaires à l’acheminement des sept éoliennes, hautes de 180 mètres en bout de pale, jusqu’aux parcelles où elles doivent être installées.Par cette “action en désenclavement”, WindStrom espère obtenir des servitudes de passage ; à défaut, il réclame quelque 44 millions d’euros pour compenser son “préjudice lié au retard d’exécution du projet”, qu’il évalue à environ 6,5 millions d’euros par an.”Leur objectif est de faire peur aux administrés”, fustige Olivier Chambord, l’un des avocats de la commune.Le groupe allemand a également saisi la justice administrative, en vain : le 4 décembre, la cour administrative d’appel de Bordeaux, statuant en référé, a rejeté son recours.- “Guerre d’usure” -WindStrom a formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État, a indiqué à l’AFP François Versini-Campinchi, l’un des avocats de l’entreprise, “qui ne souhaite pas commenter une affaire en cours”.”Ils lancent une guerre d’usure”, déplore François Drageon, autre conseil de Puyrolland. “On se bat contre beaucoup plus fort que nous”, estime Thierry Giraud, maire sans étiquette depuis 1995, initialement séduit par la proposition du promoteur.”Ce sont eux qui nous ont démarchés. Avant de venir en mairie, ils étaient déjà allés voir les propriétaires de parcelles, souvent des agriculteurs, qui y voient une source de revenus” dans ces territoires où règne “la misère rurale”, explique cet agriculteur de profession.En 2016, l’élu de 58 ans avait ainsi signé avec le développeur “une promesse de bail et de servitude”, selon la décision de la CAA, pour permettre la réalisation du parc, en échange de contreparties: aide pour rénover l’église du village, financement de chèques énergie pour les habitants…”Sauf qu’il n’y a rien eu de concret (…) Nous n’étions pas enchantés d’avoir [des éoliennes], alors nous ne voulions pas que le sacrifice soit vain. Nous leur avons donc demandé de faire des efforts. Leur réponse a été le tribunal”, affirme le maire.- “Les petites mairies sont démunies” -“Ils nous ont d’abord parlé d’études de faisabilité. Puis il a fallu dire +Amen+ à tout. Il y a eu un passage en force”, abonde Patrick Beslin, président de l’Association foncière de remembrement de Puyrolland qui fédère 200 propriétaires, dont ceux assignés en justice.Ce dossier au long cours a poussé Thierry Giraud à briguer un sixième mandat en mars.”Je ne peux pas laisser tomber cette affaire. On ne peut pas s’essuyer les pieds sur les territoires ruraux comme sur un paillasson. Les petites mairies sont démunies face à ces promoteurs”, juge-t-il.”On ne jette pas dix ans de travail à la poubelle parce qu’une collectivité a décidé de changer d’avis. Si on permet ça, demain on ne fait plus un seul projet”, rétorquait l’avocat de Windstrom dans Libération à l’automne.”On espère que l’issue sera heureuse”, conclut le maire qui dit avoir demandé de l’aide, en vain, à l’Association des maires de France (AMF) et à l’État.L’AMF, qui regrette le recul du “pouvoir d’agir des maires sur ces projets”, a assuré à l’AFP avoir échangé avec l’élu et son avocat sur “la pertinence de stratégie de défense” envisagée par la commune” mais sans intervenir dans la phase juridictionnelle, “conformément à sa pratique habituelle”.

Les derniers voeux de Brigitte Bardot, “âme fatiguée” confiante dans l’avenir de sa fondation  

“Le combat continuera, avec ou sans moi…” : dans un ultime message de voeux aux accents testamentaires publié mercredi dans “L’Info-Journal”, magazine de sa fondation, Brigitte Bardot se déclare confiante dans l’avenir du mouvement pour la cause animale qu’elle a créé.”Vous le savez sans doute, j’ai été hospitalisée et je suis aujourd’hui en convalescence. Je me repose en toute confiance, car toutes les équipes de la Fondation travaillent chaque jour avec un engagement sans faille”, écrit l’ex-actrice dans cet édito daté du 28 novembre, un mois avant son décès.Le magazine trimestriel de la Fondation Bardot est diffusé à 40.000 exemplaires. Chaque don déclenche un abonnement d’une durée d’un an. BB signait un édito dans chaque numéro.”Je veux que vous sachiez, tous, combien votre amour m’a portée, combien il m’a tenue debout, combien vous avez été, pour moi, une famille de coeur” , ajoute-t-elle, “vos cadeaux, vos fleurs, vos voeux si tendres m’ont bouleversée. Je les ai reçus comme on reçoit des caresses sur une âme fatiguée” “Je sais que ma Fondation est entre des mains solides et fidèles. Grâce à votre fidélité, à votre incroyable générosité envers ma Fondation, le combat continuera, avec ou sans moi”, écrit encore BB, emportée par un cancer le 28 décembre à 91 ans.”Nous vivons une époque dure, affolante, injuste. Les animaux paient chaque jour les fautes d’une humanité qui s’égare. Toutes ces catastrophes, ces violences, ces tragédies… L’homme les provoque, et l’animal les subit. Cette injustice m’a toujours déchirée, et jusqu’à mon dernier souffle, elle brûlera dans mon coeur”, poursuit-elle.”Surtout, surtout, embrassez pour moi vos chiens, vos chats, tous les petits êtres qui partagent votre vie. Ils sont l’amour pur de ce monde et ils ont été la cause de tous mes combats. Avec toute ma tendresse”, conclut Brigitte Bardot.

Mode masculine: Jonathan Anderson très attendu pour sa nouvelle collection à Paris

Après un premier vestiaire masculin salué en juin, Jonathan Anderson revient mercredi à Paris avec une nouvelle collection Dior Homme, étape décisive pour asseoir l’identité renouvelée de la griffe et préparer son entrée en haute couture.Le défilé, organisé au deuxième jour de la semaine de la mode masculine de Paris, dans le jardin du musée Rodin à 14H30 (13H30 GMT), figure parmi les points d’orgue de cette semaine.”Il y a une forte attente, une forte pression”, confirme auprès de l’AFP Alice Feillard, directrice des achats homme aux Galeries Lafayette.Le styliste a une nouvelle fois soigné son invitation. Après les assiettes ornées d’oeufs puis de noix, il a cette fois envoyé un col en soie très dandy d’un autre temps. Pour sa première collection, le couturier nord-irlandais de 41 ans avait puisé dans les archives de la maison fondée en 1946, en réinterprétant la robe Delft à plis multiples via de larges shorts cargo ou en réactualisant l’emblématique veste Bar, très cintrée à la taille et aux hanches arrondies.”Mon idée, c’est qu’il faut décrypter et reprogrammer Dior”, expliquait-il, “Dior, c’est une maison capable de renaître en elle-même”.Le défilé, qui avait attiré de nombreuses stars, de Rihanna à Daniel Craig, en passant par Sabrina Carpenter et Robert Pattinson, s’était conclu par une standing ovation, accompagnée de critiques très élogieuses, la presse saluant un juste équilibre entre héritage et réinvention.- “Consolider” -“Après 10 ans de Kim Jones” (son prédécesseur, ndlr) et son travail “remarquable” du tailoring, Jonathan Anderson a proposé “une approche complètement différente”, analyse Franck Nauerz, directeur des départements homme du Bon Marché et de la Samaritaine, avec “des associations beaucoup plus créatives, plus casual, un peu moins de tailoring””C’était une première collection hyper prometteuse, mais il va falloir consolider avec les besoins des uns et des autres”, prévient toutefois le spécialiste. Sa première ligne femme, présentée en octobre, avait été accueillie de manière plus nuancée.”Mon rôle, en tant que directeur artistique de Dior, est d’emmener notre clientèle vers un nouveau chapitre, tout en attirant un autre public. Et j’espère faire entrer cette nouvelle esthétique Dior dans la réalité quotidienne”, a affirmé de son côté le couturier au Figaro début janvier.Jonathan Anderson est considéré comme l’un des enfants prodiges de la mode. Salué pour avoir propulsé sur le devant de la scène la griffe espagnole Loewe, également propriété de LVMH, il s’est forgé une réputation de créateur aux coupes impeccables, avec une utilisation généreuse de matériaux nobles, comme le cuir et le métal.Parmi ses créations phares, des tenues de scène pour Beyoncé ou Rihanna. Il a également conçu les costumes de “Challengers” et “Queer”, deux films de l’Italien Luca Guadagnino.- Objectif couture – Nommé en juin dernier en remplacement de Maria Grazia Chiuri à la tête des collections femme, quelques semaines après son arrivée chez Dior Homme, il est devenu le premier styliste depuis Christian Dior à superviser les trois lignes de la maison phare de LVMH, avec la haute couture, dont la première collection sera présentée le 26 janvier à Paris.”Il est très attendu” pour cet exercice inédit, souligne le journaliste mode Marc Beaugé. Même défi le lendemain pour le nouveau directeur artistique de Chanel, le Franco-Belge Matthieu Blazy.Les deux créateurs ont donné un aperçu de leur savoir-faire lors de la dernière cérémonie des Golden Globes, à Los Angeles.Jonathan Anderson a notamment habillé l’actrice irlandaise Jessie Buckley d’une longue robe bustier bleu clair largement fendue, ainsi que la comédienne américaine Rashida Jones d’une robe noire toute en transparence et dentelle, tandis que la star américaine Selena Gomez portait une robe fourreau noire au décolleté recouvert de plumes blanches signée Chanel.Jusqu’au 25 janvier, 66 maisons vont dévoiler leur nouveau vestiaire hivernal à travers 36 défilés et 30 présentations. Parmi les autres points forts de cette semaine, Véronique Nichanian présentera samedi soir son ultime collection pour Hermès après 37 ans à la tête de la ligne homme, avant de céder la place à Grace Wales Bonner en 2027.

A Nanterre, l’infernale promiscuité et l’insalubrité d’une prison française

Ils sont cinq, confinés 22 heures par jour dans le huis clos d’une cellule de 11 m2: le centre pénitentiaire de Nanterre craque, malade d’un fléau français, une surpopulation carcérale hors de contrôle dont pâtissent détenus comme surveillants.Dans cet espace conçu pour deux, mal ventilé et assombri par un caillebotis devant la fenêtre, entre deux lits superposés, une table minuscule accueille cinq assiettes. Ce soir, un maigre matelas la remplacera. Dans une autre cellule, appuyé sur ses béquilles pour soulager sa sciatique, un sexagénaire explique avoir hérité de la couche au sol, où ce soir il s’allongera, tête contre le frigo. La nuit tombée, ses compagnons descendront de leur lit dépourvu d’échelle, puis l’enjamberont, avant d’atteindre des toilettes guère dissimulées par un drap tendu. Ici, elles fuient un peu. Dans une autre, le robinet de l’évier goutte en continu sous une tablette peinant à accueillir les cinq verres à dents. Contre le froid et l’humidité qui se lit sur les moisissures des fenêtres, les plaques de cuisson resteront allumées, une poêle vide chauffée à blanc faisant office de radiateur, explique un détenu. Envahies de corps, de linge étendu, de provisions cantinées et de modestes effets, des cellules comme celles-ci, l’AFP en a vu plusieurs en accompagnant mi-janvier la députée des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, venue exercer son droit de visite parlementaire dans cette prison ouverte en 1991, enchâssée entre la Seine et l’autoroute, à deux encablures de l’université. D’autres, plus petites, accueillent trois détenus dans des conditions aussi indignes. Télévision allumée en permanence, dans une atmosphère parfois enfumée par les cigarettes, on tue le temps en rabâchant les mêmes débats, en se racontant la vie dehors, en lisant, en somnolant pour rattraper des nuits hachées, ou en jouant aux cartes au risque d’exacerber les inévitables tensions, racontent les détenus.- Deux heures de promenade -Et puis il y a les cafards, selon des occupants qui montrent le carton colmatant les fissures, tentative dérisoire d’affronter l’invasion. La bétonisation des pieds de bâtiments, juste achevée, a permis d’éloigner les rats, assure à la parlementaire le directeur Thomas Benesty. Le progrès est récent: un certificat médical établi en novembre, dont l’AFP a eu connaissance, évoque sur le pied d’un détenu qui dormait par terre, des “lésions compatibles avec une morsure de rongeur”, peut-être arrivé par les toilettes.De ces cagibis, on s’échappe durant les deux heures de promenade quotidienne, ou au gré des micro-événements qui scandent des jours sans fin: trois parloirs hebdomadaires dans des cabines vitrées offertes aux regards, douches (là encore trois par semaine), rendez-vous médicaux, activités… Cela représente “quatre, cinq, six heures par semaine”, estime un détenu.Après une visite fin 2023, le Contrôleur général des prisons (CGLPL) avait estimé que l’établissement n’était pas en mesure “d’assurer des conditions d’hébergement dignes”. Mais, relevait-il, il est “parvenu à éviter les matelas au sol depuis 2020”. Signe d’une dégradation générale, ce rare satisfecit appartient au passé: 202 matelas sont comptabilisés au moment de la visite, indique à l’élue Thomas Benesty, avec, pour 592 places, 1.226 prisonniers, dont 60% en attente de procès, les autres étant condamnés à des peines courtes ou plus longues en attente d’affectation. Solidement installée au-dessus des 200%, la densité “est montée jusqu’à 213%” fin 2025, glisse le directeur.- “Carencés” -Malgré une abnégation saluée par le CGLPL, comment demander aux agents d’assurer convenablement l’ordre, de repérer les fragilités psychologiques, les tensions émergentes, de répondre aux doléances, comme cet appareil d’assistance respiratoire nocturne défaillant, cette rage de dents ou cette demande d’activité pendante? “On ne sait plus s’il faut écrire, si on va nous répondre”, soupire un détenu. “On sait pourquoi on est là et on le comprend. Mais là, on a l’impression d’une peine sur une peine sur une peine…”  Un tableau d’honneur a été installé à l’entrée de la zone de détention pour récompenser l’engagement des surveillants. Certains, raconte le directeur, renoncent à des jours de repos pour assurer le maintien d’activités de réinsertion ou des extractions médicales. Mais l’absentéisme atteint 25%, signe d’épuisement des corps et des esprits.Dans ces conditions “contraires à nos principes fondamentaux”, demande Elsa Faucillon, comment prévenir la récidive, une des missions de la prison avec la punition et la protection de la société ? Cette dernière a récemment “été privilégiée”, “choix politique qu’un représentant de l’administration pénitentiaire n’a pas à commenter”, répond M. Benesty. “Ce qui est certain, c’est qu’actuellement à Nanterre, pour pouvoir répondre aux trois missions en même temps, nous sommes carencés.” Les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (Cpip) gèrent 90 dossiers chacun, quand le chiffre référence c’est 60, détaille leur responsable Virginie Nouaille. “Il y a forcément une connaissance moindre” des détenus “qui fragilise notre mission d’évaluation et de prise en charge.” Pour mener cette mission, manquent actuellement six postes de conseillers pénitentiaires. Ainsi que deux assistantes sociales. “Sur deux”, ironise-t-elle. 

Shein et le BHV auditionnés par les sénateurs

Le représentant en France de la plateforme asiatique d’ultra fast‑fashion Shein est attendu au Sénat mercredi matin, après des mois de remous et plusieurs convocations déclinées à l’Assemblée nationale, et il sera auditionné en même temps que le représentant du grand magasin BHV.Quentin Ruffat, porte-parole de Shein en France, et Frédéric Merlin, président du groupe SGM qui exploite le BHV, seront entendus conjointement dès 9h45 par la commission des Affaires économiques du Sénat. De nombreux sénateurs, de toutes tendances politiques et au-delà de cette commission, sont attendus pour cette “table ronde Shein – BHV” au palais du Luxembourg.Shein avait décliné plusieurs convocations devant l’Assemblée nationale en novembre et décembre, invoquant la procédure de justice en cours sur la demande de suspension de son site après la vente de produits interdits. Le tribunal a rejeté la demande de l’Etat, qui a fait appel. La prochaine audience est prévue le 5 février.Fustigeant une absence “irrespectueuse” de la marque fondée en Chine, Sandrine Le Feur, députée Renaissance et présidente de la commission Développement durable et Aménagement du territoire de l’Assemblée, avait saisi la procureure de la République. Shein risque une amende symbolique de 7.500 euros dans cette affaire.Shein a cette fois bien confirmé sa présence au Sénat, dans un contexte moins houleux qu’à l’automne, après la découverte de la vente sur son site de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes.Frédéric Merlin, président de la SGM, avait lui accepté d’être entendu en novembre par les députés, principalement pour s’expliquer sur l’ouverture d’un magasin Shein au BHV. Il a défendu une décision commerciale destinée à revitaliser le grand magasin en difficulté, tout en se distanciant des pratiques de la plateforme d’ultra fast-fashion.Avec moins de choix et des vêtements plus chers qu’en ligne, l’espace Shein au BHV connait un démarrage poussif. Dans ce contexte, la SGM a repoussé sine die les ouvertures de corners Shein dans cinq magasins Galeries Lafayette rebaptisés BHV à Dijon, Reims, Grenoble, Angers et Limoges.

La France doit adopter une stratégie de lutte contre le masculinisme, selon le HCE

Une idéologie haineuse vis-à-vis des femmes, qui risque d’imprégner la société, dans laquelle le sexisme est déjà très répandu: la France doit mettre en place une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme, selon le Haut Conseil à l’Egalité (HCE).Le masculinisme doit être reconnu comme “enjeu de sécurité publique”, estime cet organisme rattaché à Matignon, qui publie mercredi son rapport annuel sur l’état du sexisme dans le pays.La France “accuse un retard préoccupant dans l’identification et le traitement de ce phénomène”, alors que d’autres pays, comme le Canada et le Royaume-Uni, l’ont intégré à leurs dispositifs de lutte contre l’extrémisme violent, pointe-t-il. Apparu dans les années 1980 en réaction au féminisme, le masculinisme défend la suprématie masculine et accuse les femmes d’être à l’origine d’une dégradation des conditions de vie des hommes.”Il s’agit d’une menace réelle. A partir du moment où on développe une haine des femmes, il peut y avoir des violences, des actes terroristes”, souligne auprès de l’AFP Bérangère Couillard, présidente du HCE. Au Canada, en 1989, un homme qui se revendiquait antiféministe, Marc Lépine, a abattu par balles 14 femmes à l’école Polytechnique de Montréal.En France, un jeune de 18 ans a été interpellé l’été dernier à Saint-Etienne car il était suspecté de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux. Le parquet national antiterroriste (Pnat) l’a mis en examen, une première concernant une personne se revendiquant exclusivement de la mouvance masculiniste “incel”. – Réseaux sociaux -Cette décision judiciaire représente “une avancée majeure” pour le HCE, qui recommande à présent d’intégrer le “terrorisme misogyne” dans les doctrines de sécurité. Cela impliquerait notamment de former les agents du renseignement aux “codes”, “stratégies de recrutement” et “discours” propres à la “manosphère”.”Si le langage masculiniste n’est pas maîtrisé, on passe à côté”, observe Bérangère Couillard. “Dans la série Adolescence, par exemple, on voit bien qu’il y a des termes qu’il fallait connaître”.Diffusée sur Netflix depuis mars 2025, cette série à succès britannique traite du meurtre d’une jeune fille par un camarade de classe et de l’influence des idées masculinistes sur les garçons. Elle a suscité un débat de société au Royaume-Uni.Les idées masculinistes sont de plus en plus diffusées en France, et ailleurs, en particulier auprès des jeunes via les réseaux sociaux, souligne le HCE. Il appelle à leur régulation et recommande d’augmenter les moyens de Pharos (la plateforme de signalement de contenus illégaux sur internet) et de l’Arcom (le régulateur de l’audiovisuel).Selon une étude de l’Université de Belfast, les jeunes hommes sont en effet exposés en moyenne en moins de 20 minutes de navigation sur TikTok et Youtube à des contenus masculinistes.- Sexisme “hostile” -En France, 60% des hommes pensent déjà que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes, selon une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3.061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la population française, en vue de ce rapport du HCE.Celle-ci révèle aussi qu’un quart des hommes estiment normal qu’une femme accepte un rapport sexuel pour faire plaisir ou par devoir et qu’autant ont déjà douté du consentement de leur partenaire.A partir des données de cette enquête, le HCE a estimé que 17% de la population française adhère à un sexisme “hostile”, qui dévalorise les femmes et justifie les discriminations et violences à leur égard.”Le risque c’est que ces personnes rejoignent et deviennent membres de réseaux masculinistes”, pointe Bérangère Couillard.En outre, le HCE estime que 23% de la population adhère à un sexisme “paternaliste” qui valorise les rôles traditionnels de chaque sexe.Plus “subtile”, cette forme de sexisme bénéficie d’une “forte acceptabilité sociale” car elle se présente de manière “bienveillante”. Néanmoins, elle participe à la “perpétuation des inégalités et violences, en enfermant les femmes dans des représentations stéréotypées de fragilité ou de dépendance”, décrypte le HCE.Par exemple, 78% des Français estiment que c’est aux hommes d’assumer la responsabilité financière de la famille.

PMA, IA et autres questions sensibles: lancement des Etats généraux de la bioéthique

Comment concilier “science, santé, solidarités” ? La résolution de cette équation sera au cœur de multiples débats ces prochains mois sur des sujets sensibles comme l’extension de la PMA, l’impact de l’intelligence artificielle ou de l’environnement lors des Etats généraux de la bioéthique, lancés mercredi.Cet exercice de démocratie sanitaire, piloté par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et d’une durée de six mois, doit éclairer les enjeux de la future loi bioéthique, attendue après la présidentielle de 2027 pour réviser le texte de 2021. “La science a encore énormément progressé, le modèle de solidarité intergénérationnelle est questionné dans une France qui vieillit, les solidarités constituent un enjeu majeur”, déclare à l’AFP Jean-François Delfraissy, président du CCNE. Et “la bioéthique n’est pas figée”: son champ s’élargit progressivement face aux transformations multiples.Examens génétiques et médecine génomique, neurosciences, cellules souches et organoïdes, transplantations d’organes et xénogreffes, procréation, numérique, IA et santé, santé, environnement et climat: les états généraux vont revisiter de grandes thématiques présentes lors de l’édition précédente.Trois autres font leur apparition: nouveaux enjeux de la prévention, sobriété en médecine -jusqu’où traiter?-, enjeux sanitaires spécifiques à l’Outremer.Car, la bonne santé ne se résume pas à la maladie et son traitement, “80% se joue ailleurs, dans les déterminants sociaux, la malbouffe, le changement climatique…”, note le Pr Delfraissy.Sur tous les sujets, “les Etats généraux vont mettre en tension deux grandes valeurs éthiques. D’un côté, l’autonomie, dans un sens de liberté individuelle et dans une vision un peu anglo-saxonne, et de l’autre, la solidarité à l’égard des plus fragiles”, pointe-t-il.Citoyens, experts, associations, institutions, religions: la consultation sera large. Une place accrue sera accordée aux jeunes (journée des lycéens pour 300-400 classes de terminale, débats avec des étudiants en médecine et en droit, formats dédiés sur Instagram et TikTok, etc), et aux territoires.- “Temps d’écoute”-Les échanges et contributions, qui nourriront un rapport de synthèse en juin, emprunteront plusieurs canaux: environ 200 auditions nationales, quelque 400 débats citoyens en régions, “comité citoyen” formé d’un échantillon représentatif de la population jeune, plateforme de contributions en ligne ouverte à tous…”Dans un contexte national et international que nous n’aurions pas imaginé il y a quelques années” et dans une atmosphère plus défiante envers la science et plus polarisée dans la société, les États généraux ouvrent “un temps d’écoute bienveillante de positions différentes sur des sujets difficiles, pour tenter de sortir le meilleur dans une vision collective”, insiste le président du CCNE.Face à la chute de la natalité, les questions sensibles autour d’une extension de la procréation médicalement assistée promettent, entre autres, de susciter des prises de positions divergentes.L’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes avait ainsi été l’un des sujets polémiques lors des précédents Etats généraux, en 2018. La Manif pour tous était alors remontée au créneau, cinq ans après les manifestations contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels.Sur le potentiel recours à une “mère porteuse” ou GPA (gestation pour autrui), pratique interdite en France, “des associations nous demandent déjà d’être entendues: des contre la GPA, et des pour”, glisse le Pr Delfraissy.Outre son rapport de synthèse des Etats généraux, qui se veut neutre, le CCNE publiera à l’automne un avis sur les priorités de la révision législative.Il reviendra ensuite aux politiques de construire la future loi de bioéthique, attendue seulement après la prochaine élection présidentielle.De son côté, le Parlement a entamé fin 2025 des auditions en vue de cette révision législative, via l’Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et technologiques et la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la baisse de la natalité.Les premières lois de bioéthique datent de 1994, suivies d’autres évolutions par paliers: une première révision en 2004, avant celles de 2011, puis de 2021. La prochaine ne devrait pas voir le jour avant 2028.

Loi fin de vie: le Sénat se penche sur l’aide à mourir, la droite monte au créneau

Maintes fois reportée, la réforme de la fin de vie a fait son retour mardi au Sénat, où la droite, très réticente sur la création d’un droit à l’aide à mourir, compte réduire nettement la portée du dispositif adopté à l’Assemblée nationale.”Un texte d’abandon”: à l’ouverture de ces débats très sensibles, le président des Républicains Bruno Retailleau a résumé la position d’une grande partie de la droite, majoritaire à la chambre haute avec ses alliés centristes.”Le risque, c’est qu’il devienne demain plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin”, s’est inquiété le sénateur de Vendée, assurant qu’il s’opposera à cette réforme synonyme pour lui de “rupture anthropologique”.Les débats s’étireront pendant une semaine, avant un vote solennel prévu le mercredi 28 janvier à 16H30. Ils s’annoncent imprévisibles et serrés, même si les premiers votes, mardi soir, ont laissé présager un rapport de force favorable aux sénateurs les plus réservés, voire aux opposants du texte.Nourrie de nombreuses réflexions et travaux, la proposition de loi du député Olivier Falorni légalise un dispositif très encadré de suicide assisté et – dans certains cas – d’euthanasie, même si ces mots de figurent pas noir sur blanc dans le texte.Largement soutenue à l’Assemblée nationale au printemps 2025, son examen au Palais du Luxembourg a été plusieurs fois reporté en raison de l’instabilité politique.Si cette réforme majeure du second quinquennat d’Emmanuel Macron aboutissait, la France rejoindrait d’autres pays ayant légiféré sur la question, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, le Canada.- Long chemin parlementaire -Le président de la République a promis d’aller “au bout du travail législatif” dès cette année, ce qui nécessitera encore plusieurs aller-retours entre Sénat et Assemblée nationale.L’examen du texte au Sénat n’est donc qu’une étape préliminaire. Mais cette discussion va permettre d’observer le fossé qui sépare les députés des sénateurs dans leur vision de cette réforme d’ampleur.Les premiers avaient opté pour la création d’un “droit à l’aide à mourir” accessible aux malades atteints d’une maladie incurable en “phase avancée” ou “terminale”, une rédaction jugée “équilibrée” par la ministre de la Santé Stéphanie Rist.Les seconds se dirigent eux vers une refonte profonde du dispositif, transformé en une “assistance médicale à mourir” réservée aux malades dont le pronostic vital est engagé “à court terme”, soit potentiellement de quelques jours seulement. Le spectre des personnes éligibles serait donc extrêmement restreint. La gauche et quelques centristes ont regretté ce ciblage sur les malades “à l’agonie”: ce serait “vider le texte de sa substance” et “faire semblant d’avancer”, a regretté la sénatrice socialiste Annie Le Houérou. En résumé, “une loi pour rien ou pas grand chose”, selon l’auteur du texte, Olivier Falorni.Mardi soir, le rétablissement des critères votés à l’Assemblée nationale a été repoussé à 18 voix près, donnant un premier signal des rapports de force au Sénat. L’article-phare du texte, qui définit précisément le dispositif et ses modalités, doit être mis au vote mercredi après-midi.L’issue du texte reste imprévisible, car la droite sénatoriale oscille entre deux stratégies: celle de rejeter en bloc le texte, quitte à ce que le gouvernement donne le dernier mot à l’Assemblée nationale, ou celle d’amoindrir au maximum le dispositif avec de nombreux garde-fous pour tenter de peser sur le débat.- “Droit de tuer” ? -Les sénateurs LR ont confirmé leur vive opposition, certains allant jusqu’à craindre la légalisation d’un “droit de tuer”, suscitant d’importantes protestations à gauche.”Partout où la loi a été votée, la brèche s’est ouverte”, a fustigé Francis Szpiner (LR), redoutant à terme que “l’euthanasie” concerne “les mineurs, les personnes âgées”.Au contraire, “ce texte n’organise pas la mort, il encadre une ultime et respectueuse protection”, a plaidé le chef des sénateurs PS Patrick Kanner.Les débats dépassent largement les murs du Palais du Luxembourg, avec des prises de position multiples d’associations, militants, syndicats de soignants et autres représentants des cultes, ces derniers ayant publiquement rappelé leur hostilité.Plusieurs milliers d’opposants ont aussi manifesté dimanche à Paris dans le cadre de la “marche pour la vie”, et une quinzaine d’entre eux s’est réunie devant le Sénat mardi soir, brandissant des pancartes appelant à “des soins, pas l’euthanasie”.Une autre proposition de loi plus consensuelle sur les soins palliatifs sera examinée en parallèle dans les prochains jours.

Deux chasseurs condamnés après avoir tué un cerf sur la propriété de Luc Besson

Deux chasseurs jugés pour avoir abattu un cerf sur la propriété du réalisateur Luc Besson ont été condamnés mardi à un stage de sensibilisation, au retrait de leur permis de chasse et à plusieurs milliers d’euros de dommages et intérêts.Le 21 février 2025, les deux pères de famille étaient entrés sur la propriété du réalisateur du Grand Bleu à Cisai-Saint-Aubin (Orne) lors d’une chasse, poursuivant un cerf avec une meute de chiens jusqu’à la terrasse de la maison.L’un d’eux avait ensuite tué l’animal à coups de dague alors que l’autre tenait ses bois, sous les yeux de la mère de Luc Besson qui filmait la scène, puis laissé le cerf mort sur sa terrasse.Les deux hommes ont été déclarés coupables de “chasse non autorisée sur le terrain d’autrui” et “chasse à l’aide d’un engin, instrument, mode ou moyen prohibé”.Ils ont été condamnés à un stage de sensibilisation à la réglementation et la sécurité de la chasse, pris en charge par l’Office français de la biodiversité (OFB), et au retrait de leurs permis de chasse pendant un an avec exécution provisoire.Les deux hommes, qui ont refusé de parler à la presse, sont également condamnés à 600 euros d’amende (doublée pour l’auteur du coup de couteau), et à payer solidairement 3.000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles, les associations Stéphane Lamart et Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages).Luc Besson et sa mère ont obtenu l’euro symbolique de dommages et intérêts qu’ils réclamaient.Dans sa motivation, le tribunal a estimé que le cerf “n’était pas blessé mortellement” avant l’arrivée sur la terrasse des deux chasseurs, qui s’étaient justifiés en prétendant avoir achevé l’animal pour mettre fin à ses souffrances.Selon le tribunal, les deux hommes auraient dû faire reculer les chiens, appeler l’OFB et mettre en sécurité l’habitante des lieux.Sur X, Luc Besson s’est félicité de la condamnation des deux chasseurs en disant espérer qu’elle les “fera réfléchir quant à la cruauté de leur geste”. “Comme le tribunal l’a souligné, le cerf n’était pas mortellement blessé avant leur acte barbare. Puisse ce jugement servir d’exemple”, a poursuivi le cinéaste.A l’audience, le 9 décembre 2025, il avait accusé les deux chasseurs d’avoir “tué l’animal comme des sauvages en rentrant chez une dame de 85 ans sans rien lui demander”. “Ce cerf vient dormir dans le jardin parce que c’est +safe+ (sûr, ndlr) pour lui. Ils ont enfreint les règles de sécurité pour aller massacrer un cerf”, avait-il ajouté.