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En Algérie, Ségolène Royal tente d’amorcer un dégel

Alors que la crise s’éternise entre la France et l’Algérie et que les canaux officiels semblent à bout de souffle, l’ex-ministre socialiste Ségolène Royal s’est posée en médiatrice lors d’une visite à Alger vendredi, disant avoir “obtenu” le transfert près d’Alger du journaliste français emprisonné Christophe Gleizes.Reçue notamment par le président Abdelmadjid Tebboune, elle a eu l’autorisation de rendre visite au journaliste français, condamné à 7 ans de prison pour “apologie du terrorisme”.Son transfert depuis Tizi-Ouzou, à 100 km à l’est de la capitale algérienne, où il était détenu depuis juin “va le rapprocher (de sa famille) et faciliter les visites”, a déclaré Mme Royal, en remerciant les autorités algériennes pour ce “geste humanitaire”.A part ses parents et le cardinal franco-algérien d’Alger, Jean-Paul Vesco, Christophe Gleizes – qui fêtera ses 37 ans samedi – n’a reçu “aucune autre visite”, a rappelé l’ancienne ministre qui dit avoir également “appuyé” la demande de grâce de sa famille auprès du président Abdelmadjid Tebboune. Celle qui est devenue en décembre présidente de l’Association France Algérie (AFA) a assuré que le dirigeant algérien était prêt au dialogue “dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous”.Les relations restent acrimonieuses entre Paris et Alger et les coopérations de sécurité et économique sont au plus bas.Une visite du ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez, invité par son homologue, ne s’est pas encore concrétisée. M. Nuñez a dit vendredi matin sur France Inter attendre d’Alger “des bougés très forts sur deux sujets”: “la reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière”, ainsi que “la situation de Christophe Gleizes”.- Climat délétère -La crise diplomatique entre les deux pays a éclaté après la reconnaissance, à l’été 2024 par Paris, d’un plan d’autonomie “sous souveraineté marocaine” pour le Sahara occidental. l’Algérie soutient de son côté le mouvement indépendantiste Polisario.Depuis, une série d’épisodes sont venus entretenir les tensions. Parmi eux, la détention et la condamnation en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement libéré, celle de Christophe Gleizes, ou encore l’incarcération en France d’un agent consulaire algérien accusé d’être impliqué dans l’enlèvement d’un influenceur.Tout récemment, Alger a convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade de France pour protester contre une émission Complément d’enquête diffusée sur la chaîne publique France 2, estimant c’était “une véritable agression contre l’Etat algérien, ses institutions et ses symboles”.C’est dans ce climat délétère que Ségolène Royal, qui fut candidate à l’élection présidentielle en France en 2007, est venue plaider pour une “reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie”.Elle a expliqué à l’AFP être venue en tant que présidente de l’Association France Algérie et à l’invitation de la Chambre de commerce et d’industrie algérienne, “pas du tout” en mission officieuse pour le président français Emmanuel Macron.Elle avait indiqué un peu plus tôt avoir informé le chef de l’Etat de son initiative et qu’elle comptait, à son retour en France, l'”aider en lui donnant les éléments dont (elle) dispose”.Elle a notamment déclaré que le “premier geste” d’apaisement qu’il “doit faire” est la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation française (1830-1962).- “La bienvenue” -Cette visite est “totalement de sa propre initiative et ses déclarations sont personnelles”, a souligné auprès de l’AFP une source ayant connaissance du dossier, et souhaitant rester anonyme. Mais “dans le contexte extrêmement tendu entre la France et l’Algérie, tous les canaux doivent être utilisés”, a souligné cette source.Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a également estimé qu’en plein blocage, “toute initiative permettant de détendre la relation est la bienvenue”.”Son approche sur les questions mémorielles est courageuse”, a réagi l’historien Benjamin Stora, qui dans un rapport remis à l’Elysée avait fait des préconisations allant dans le même sens. “La question est de savoir quel interlocuteur elle pourra trouver dans la société politique française actuelle — à deux mois des municipales et à un an de la présidentielle — pour avancer concrètement”, dit-il.Le ton de Mme Royal lui a en tout cas valu les louanges de plusieurs médias algériens.”C’est la première fois qu’une personnalité française de ce rang (tient) de tels propos rassembleurs dans un contexte de montée en puissance de l’extrême droite en France”, s’est notamment félicité TSA Algérie.Dt-fka-iba-cl/sva/lpt

Municipales: les Ecologistes se déchirent sur la stratégie d’alliance de Tondelier

Des défections pour rejoindre LFI dans plusieurs villes, une tribune critiquant la ligne de Marine Tondelier, écartelée entre LFI et Parti socialiste: les Ecologistes s’offrent une nouvelle crise interne, à la veille d’un scrutin municipal où ils craignent pour leur bastions.Lancée dans la campagne pour la primaire de la gauche en vue de 2027 -organisée notamment avec le PS-, la patronne des Ecologistes se trouve dans le viseur de l’aile gauche de son parti qui lui reproche de préférer, aux municipales mais aussi à la prochaine présidentielle, l’alliance avec le Parti socialiste, qui n’a pas censuré le gouvernement sur le budget, plutôt qu’avec les insoumis.Jeudi soir, les conseillers de Paris écologistes Jérôme Gleizes et Emile Meunier ont annoncé rejoindre Sophia Chikirou, candidate LFI dans la capitale, alors que leur parti a choisi de s’allier dès le premier tour avec le socialiste Emmanuel Grégoire, positionné sur une ligne anti-LFI.A Montpellier, la présidente du conseil fédéral, Julia Mignacca, a quitté la liste autonome de Jean-Louis Roumégas, pour se rallier à celle de la députée LFI Nathalie Oziol.Même chose à Avignon, où la cheffe de file des écologistes Sabah Badji s’est alliée avec la liste insoumise. Plusieurs d’entre eux sont signataires d’une tribune, publiée lundi dans Mediapart, dans laquelle ils affirment ne pas accepter “que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie”, déplorant la ligne électorale “illisible” de la direction du parti qui a “privilégié l’alliance avec le PS” aux municipales.Pour ces scrutins des 15 et 22 mars, les Ecologistes ont majoritairement fait des accords avec les socialistes, comme à Paris, Marseille, Nantes, Rennes derrière le PS. A Lyon, Bordeaux, Grenoble ou Besançon, c’est un des leurs qui a pris la tête de liste.Mais ils partent aussi avec les insoumis dans certaines villes, comme à Boulogne-Billancourt, Fécamp, Boulogne-sur-mer ou La Courneuve. Face à cette fronde, la direction, qui parle d’un événement “picrocholin”, a exigé que les signataires de la tribune -autour de 500 selon Jérôme Gleize, mais tous ne sont pas encartés- retirent leur signature, menaçant de les suspendre du parti.  Le secrétaire général adjoint des Ecologistes, Aïssa Ghalmi, dénonce à l’AFP une “opération de déstabilisation” et de “débauchage” orchestrée par LFI. – “pressions” -“La France insoumise ne manipule personne et n’agit pas autrement que par une démarche de conviction basée sur des engagements politiques clairs”, a répondu sur X le coordinateur de la France insoumise, Manuel Bompard, alors que plusieurs cadres insoumis se sont réjouis de ces prises de guerre.Les deux partis s’accusent mutuellement d’être responsables du peu d’accords conclus entre eux pour ce scrutin.  Aïssa Ghalmi rappelle que chez les Verts, les alliances aux municipales se décident au niveau local. Jérôme Gleizes rétorque que la direction a exercé des “pressions” pour que les groupes locaux acceptent des accords avec le PS.  “Tout ça se fait en sous-main, insidieusement”, affirme un autre signataire, soulignant que les craintes de perdre les villes acquises par les Ecologistes en 2020 a poussé la direction à défendre des alliances avec le PS.”Il fallait bien qu’on se range derrière Emmanuel Grégoire à Paris, pour que les socialistes se rangent derrière Grégory Doucet (le maire sortant écologiste) à Lyon”, décrypte le même, évoquant des pressions dans d’autres villes, comme à Rennes ou à Dunkerque, où les écologistes locaux souhaitaient faire des listes autonomes.”On est en train de revenir à la pire période de notre histoire, quand on était un satellite des socialistes”, regrette Jérome Gleizes. “Il y a toujours eu des mécontents dans les organisations politiques, qui au moment des élections vont voir si l’herbe est plus verte ailleurs”, estime M. Ghalmi, sans nier “les désaccords sur la stratégie”. Marine Tondelier “paye le prix de sa ligne incohérente” consistant à être “le trait d’union entre le PS et LFI”. “Pour le moment elle tient debout, parce qu’elle n’a pas tranché”, estime un autre élu écologiste.Il souligne que d’autres militants, partisans d’une rupture totale avec LFI, ont aussi quitté le parti, pour rejoindre notamment Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann. “Je suis convaincu qu’il y aura une explosion du parti après les municipales”. 

Inquiétudes face à un “recentrage” de Santé publique France par le gouvernement

Réorganisation pour plus d’efficacité, selon le gouvernement, reprise en main politique aux dépens de l’indépendance scientifique, pour des acteurs de la santé: l’annonce d’un “recentrage stratégique” de Santé publique France, qui perdrait la main sur des campagnes de prévention, suscite l’inquiétude.Ce “recentrage stratégique” de l’agence sanitaire publique a été décidé, avec deux évolutions principales: “la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire” va dépendre directement du ministre de la Santé, et les campagnes nationales de communication en santé publique seront “transférées” au ministère et à la Caisse nationale d’assurance maladie, a indiqué le cabinet de Stéphanie Rist à l’AFP.Selon France Inter, qui l’a révélée, cette réforme a été décidée lors d’une réunion interministérielle, validée par le Premier ministre Sébastien Lecornu et annoncée jeudi aux personnels par la directrice générale de SpF, Caroline Semaille. Il y a près d’un an, les ministres pilotant alors la santé, Catherine Vautrin et Yannick Neuder, avaient demandé à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) un “état des lieux” des missions et des “moyens humains, financiers, techniques” de SpF, faisant naître des premières craintes sur le sort de l’agence. Ce rapport n’a pas été divulgué.Née de la fusion de plusieurs organismes publics (InVS, Inpes, Eprus, Adalis), Santé publique France a été créée en 2014 pour doter la France, comme les États-Unis ou l’Angleterre, d’un établissement regroupant des missions de prévention et promotion de la santé, d’alertes et de surveillance, d’intervention.Le retrait de la gestion des stocks et de la réserve sanitaire à SpF a pour objectif de “raccourcir la chaîne de commandement” et “de renforcer la capacité de décision”, a défendu le ministère auprès de l’AFP.Quant au transfert des campagnes de communication, à partir de “début 2027”, il vise à produire “des messages plus clairs” car une “multiplication des porteurs de campagnes” a “pu brouiller la lisibilité de la parole publique en santé”, selon le cabinet de Mme Rist, écartant toute recherche d'”économies”. Le gouvernement envisage environ deux milliards d’euros d’économies supplémentaires sur les agences et opérateurs de l’Etat, a indiqué mi-janvier la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin.- “Impression de reprise en main” -Pas hostile à “recentraliser un peu, pour avoir un seul maître à bord” et favoriser la prévention, un connaisseur du système de santé a évoqué auprès de l’AFP, sous couvert d’anonymat, “un grand meccano en cours entre le ministère de la Santé et différentes agences”. Mais sur fond de tensions persistantes sur le budget de l’Etat et des sujets de santé et d’environnement, la restructuration annoncée de SpF a créé de l’émoi vendredi.L’agence est “dans le giron de l’État mais, scientifiquement, elle a une expertise indépendante”, s’est alarmé auprès de l’AFP le Dr François Bourdillon, craignant un “démantèlement” de cette agence qu’il a créée et dirigée jusqu’en 2019. “Replacer les campagnes de santé publique au ministère de la Santé donne vraiment l’impression d’une reprise en main”. “Pourquoi est-elle attaquée alors qu’elle assume pleinement ses missions et qu’il y a tant à faire dans la santé ?”, a-t-il demandé, évoquant une influence de lobbies.Pointant une “logique illisible”, Bernard Basset, président d’honneur du réseau Addictions France et ex-directeur adjoint de l’Inpes, se demande “s’il n’y a pas un calcul politique sur le contrôle d’informations sur des sujets de santé où des lobbies sont actifs: alcool et nutrition”.Hendrik Davi, député écologiste et administrateur de SpF, redoute aussi “un risque majeur de censure sur des campagnes pourtant essentielles: tabac, alcool, drogues, pollution, santé sexuelle…”Pour le Pr Serge Hercberg, l’un des concepteurs du Nutri-Score, “ni l’idéologie politique ni les intérêts économiques ne doivent prévaloir sur la science”.”Dans de nombreux contextes internationaux, l’affaiblissement du rôle des agences scientifiques indépendantes a conduit” à (…) “une perte de confiance durable des citoyens dans la parole publique”, a aussi prévenu la Société Française de Santé Publique dans un communiqué.

Soumission chimique: une expérimentation pour rembourser les analyses même sans plainte

Une expérimentation visant à améliorer la prise en charge des victimes de soumission chimique en simplifiant leur accès aux analyses médicales a été lancée vendredi à Nantes, en présence de la ministre Aurore Bergé et de la députée Sandrine Josso.Cette expérimentation de trois ans, qui concerne les Pays de la Loire, l’Ile-de-France et les Hauts-de-France, prévoit notamment le remboursement des analyses médicales en cas de suspicion de soumission chimique, même en l’absence de plainte préalable. Elle comprend également la mise en place d’un “parcours patient” qui permettra aux victimes de déposer plainte en cas de résultat positif.L’objectif est d’être “extrêmement rapide sur la réalisation des prélèvements”, a expliqué Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Egalité femmes-hommes, les substances recherchées par ce type d’analyses disparaissant rapidement de l’organisme. Le dispositif est ouvert à toute personne munie d’une ordonnance établie par un médecin pratiquant dans l’une des régions concernées.En dehors de l’expérimentation, les examens pour détecter les substances montrant un état de soumission chimique sont pris en charge à condition que la victime potentielle ait porté plainte au préalable.La ministre a visité vendredi le laboratoire de toxicologie du CHU de Nantes aux côtés de la députée MoDem de Loire-Atlantique Sandrine Josso, dont elle a salué l'”engagement”, la “détermination” et le “courage”. L’ex-sénateur Joël Guerriau a été reconnu coupable mardi d’avoir drogué Mme Josso en vue de la violer et condamné à quatre ans de prison dont 18 mois ferme. Lui plaide l’accident et a fait appel. Sandrine Josso, qui a mené une mission sur le sujet confiée par le gouvernement, s’est réjouie du lancement de cette expérimentation, qui mobilisera médecins et laboratoires pour “faire en sorte d’avoir des preuves”. “Comme on le comprend tous ici, c’est un contre-la-montre”, a-t-elle déclaré devant la presse.Sandrine Josso a expliqué qu’elle allait aujourd’hui “de l’avant” après “l’épreuve” qu’a représenté le procès de Joël Guerriau. “Je suis d’un côté victime et d’un autre côté députée. Les actions que je mets en place servent aussi pour le plus grand nombre”, a-t-elle ajouté.

Budget: un ultime 49.3 dégainé en 13 secondes, épilogue lundi

La ligne d’arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu a activé vendredi pour la troisième fois l’article 49 alinéa 3 de la Constitution à l’Assemblée nationale, ultime étape avant l’adoption définitive du budget de l’Etat, attendue lundi.”La France doit avoir un budget. Et donc, devant cet hémicycle, j’engage la responsabilité du gouvernement sur l’ensemble du PLF (projet de loi de finances, ndlr) pour 2026, sur la base de l’article 49 de la Constitution”, s’est contenté de déclarer, en 13 secondes chrono, devant l’Assemblée nationale le chef du gouvernement qui s’était engagé à y renoncer au début de l’automne, à la demande du PS.Dans la foulée, La France insoumise a annoncé le dépôt d’une motion de censure, qui devrait être examinée et rejetée lundi faute du soutien de la droite et des socialistes, tout comme une autre motion du Rassemblement national et son allié UDR.Selon le président de la commission des Finances Éric Coquerel (LFI), ces motions de censure seront examinées lundi à 17H00 – et non mardi comme il le demandait pour permettre à tous les députés de revenir à Paris. Autre critique sur la forme de l’écologiste Arnaud Bonnet, “le Premier ministre n’a même pas attendu que les membres de la commission des Finances”, qui venaient de rejeter une ultime fois ce budget, “arrivent dans l’hémicycle que le 49.3 était déjà prononcé”. Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir. – Matelas confortable -Sauf immense surprise, les motions de censure seront rejetées comme les deux précédentes, le gouvernement disposant d’un matelas relativement confortable d’une vingtaine de voix d’avance.”Le groupe socialiste a serré la vis (aux députés qui voudraient voter la censure) et est maintenant dans un soutien sans participation au gouvernement”, a déploré M. Coquerel.”C’est la dernière chance que peuvent avoir les députés LR et socialistes de sanctionner ce gouvernement”, a lancé Sébastien Chenu (RN).Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l’Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d’être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d’accord parlementaire pour assurer la continuité de l’État.Après ce dernier 49.3, Sébastien Lecornu effectuait un déplacement vendredi après-midi dans le village de Baigneaux, en Eure-et-Loir, dans la Beauce, pour valoriser l’agriculture locale et diversifiée. Pour promouvoir les “contrats d’avenir” réclamés par le syndicat des Jeunes agriculteurs, pour les aider à diversifier leurs productions notamment face au changement climatique, il doit visiter une exploitation qui s’est mise à faire des amandes en plus des céréales.Confronté à la colère des agriculteurs, le Premier ministre avait promis le 13 janvier un projet de “loi d’urgence” sur la politique de l’eau, la “prédation” du loup et les “moyens de production”. – “Texte utile” mais “imparfait” -S’il est certes “imparfait”, ce budget “est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d’incertitude qui s’est installé depuis quelques mois”, a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.Si certains parlementaires, tout comme l’agence de notation Moody’s, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.Initialement, l’exécutif visait 4,7%. Mais, selon le rapporteur Philippe Juvin (LR), le budget de l’Etat a dû d’une part “assumer les décisions prises au niveau du budget de la Sécurité sociale”, avec notamment la suspension de la réforme des retraites, qui s’est traduite par “une hausse du déficit de 0,3 point de PIB”. D’autre part, a-t-il regretté, l’effort des collectivités locales “a été réduit de moitié” à la demande du Sénat. Le texte prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d’activité.Le bloc central et la droite ne sont pas plus satisfaits de ce budget que le RN et LFI mais M. Juvin s’est félicité “d’avoir évité de graves écueils” au niveau fiscal, comme “la remise en cause du pacte Dutreil” sur la transmission d’entreprises et “une fiscalité supplémentaire pour les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire)”.ama-are-far-lak/lum/hr/dch   

A Paris, Rachida Dati veut fermer le Champ-de-Mars et suscite le débat

Bientôt des grilles autour du Champ-de-Mars ? Le projet de Rachida Dati de fermer le site la nuit déplaît fortement aux défenseurs du patrimoine. Mais ils partagent la volonté de la candidate à la mairie de Paris d’une “reconquête esthétique” du parc.Le Champ-de-Mars, comme les bois de Boulogne et de Vincennes, “est devenu un lieu d’insécurité récurrent”, affirme la candidate des LR et du MoDem à l’Hôtel de ville.La ministre de la Culture et maire du 7e arrondissement, où se trouve le parc, martèle que les agressions sexuelles y sont quotidiennes, ce qui n’a pu être confirmé par la préfecture de police.”C’est devenu une zone de non-droit, avec le jour, des vendeurs à la sauvette et arnaqueurs professionnels, et la nuit des bandes rôdant autour des touristes”, développe sa porte-parole de campagne Nelly Garnier. Rachida Dati, qui réclame régulièrement des mesures de sécurisation, propose dans son programme d’installer une brigade équestre dans le parc et de le fermer complètement la nuit par des grilles “patrimoniales” semblables aux clôtures du parc Monceau ou des Tuileries.Une aberration pour les défenseurs du patrimoine, déjà échaudés par le mur de verre entourant la tour Eiffel contre le risque terroriste.”Des grilles viendraient barrer l’une des plus célèbres perspectives de Paris”, cette “échappée vers le lointain” qui va de l’Ecole Militaire au Trocadéro en passant sous les arches de la Dame de fer, redoute Julien Lacaze, président de Sites & Monuments. – “Nous mettre en cage” -Aujourd’hui propriété de la ville, le Champ-de-Mars était au départ un terrain d’exercice militaire qui a accueilli la fête de la Fédération (1790) puis des expositions universelles. “C’est un espace libre”, résume Christine Nedelec, présidente de SOS Paris. Au début du XXe siècle il fut réaménagé en parc d’agrément par l’architecte Jean-Camille Formigé et le paysagiste Jean-Claude-Nicolas Forestier, désireux de créer “une continuité avec l’urbanisme”, raconte Pierre Lamalattie, auteur d’un ouvrage sur le sujet.”L’idée, qui a essaimé dans le monde entier, était d’avoir une interpénétration avec la ville grâce à des rues traversantes sécurisant le jardin”, explique cet historien de l’art. “Il y a un fonctionnement automatique qui fait que l’espace n’a pas besoin d’être clos”, analyse-t-il.”Quand je pense que certaines veulent nous enfermer derrière des barreaux et mettre le Champ-de-Mars en cage !”, s’est étranglée la maire socialiste sortante Anne Hidalgo.Une fermeture nocturne de l’un des plus grands espaces verts de la capitale exclurait ceux qui viennent y pique-niquer le soir, faire un footing, veiller sur la pelouse en regardant scintiller le monument…, énumère, agacé, Jean-François Martins, le patron de la société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete). “L’avantage d’un parc ouvert c’est de permettre le passage entre le VIIe et le XVe arrondissements”, relève en outre Gérard Der Agobian, président des Amis du Champ-de-Mars.Ce dernier se dit néanmoins “partagé” sur la sécurisation par des grilles car, “même s’il n’y a pas d’agressions massives, les riverains éprouvent un sentiment d’insécurité”.”En matière de sécurité il y a objectivement des progrès”, souligne le patron de la tour Eiffel. “Ca reste néanmoins un site touristique dense attirant forcément ceux qui veulent profiter de l’insouciance des touristes. Mais des grilles créeraient une concentration encore plus propice à la délinquance”, selon lui.- “Champ de foire” -Au-delà d’assurer la sécurité, le projet de Rachida Dati s’inscrit dans une “reconquête esthétique” du jardin en le préservant de la “surexploitation évènementielle et commerciale”, précise Nelly Garnier.Une nécessité pour les défenseurs du patrimoine aux yeux desquels le site est devenu moins désirable, faute d’entretien.”Il faut arrêter d’en faire un champ de foire ! Il y a des évènements en permanence, ça massacre les pelouses”, s’emporte Didier Rykner, directeur de la rédaction de La Tribune de l’Art.Lors du démontage, au printemps 2025, du Palais Ephémère, “la pelouse a été raclée et les racines des arbres arrachées”, déplore Christine Nedelec.Mais la mairie de Paris a “fini par prendre conscience que c’est un écrin magnifique, qui a accueilli les JO. Et donc qu’il fallait diminuer les évènements et mieux l’entretenir”, selon elle.

Plainte contre Thierry Mariani pour “provocation à la discrimination au logement”

Thierry Mariani, candidat RN à la mairie de Paris, est visé par une plainte de l’association La Maison des Potes pour “provocation à la discrimination au logement” en raison de sa promesse de campagne d’instaurer la priorité nationale, a indiqué vendredi le plaignant à l’AFP.L’association estime qu’avec cet argument électoral Thierry Mariani “appelle explicitement tous ceux qui seront candidats sur sa liste” à “l’instauration d’une politique municipale fondée sur un critère de nationalité, lequel est prohibé par la loi”.Cette plainte, transmise au parquet de Paris récemment, mentionne le site internet dédié à la candidature de M. Mariani. On pouvait encore y lire vendredi matin: “instaurer la priorité nationale”, juste au dessus de la phrase, dans la même fenêtre, “garantir aux Parisiens et travailleurs l’accès au logement social”.”Il s’agit d’une violation manifeste de la loi et du principe d’égalité prévu par la Constitution. Ce type de promesse porte atteinte à l’Etat de droit”, a commenté pour l’AFP Me Jérôme Karsenti, qui porte cette plainte.En fin de matinée, la proposition avait été reformulée par la phrase: “Instaurer la priorité nationale dans l’accès au logement social et y favoriser les familles et les travailleurs dès que la loi le permettra en 2027 avec la victoire de nos idées au national”.Interrogé par l’AFP, Thierry Mariani a souligné qu’il ne proposait “que des choses qu’il est possible de faire”.”Aujourd’hui, ce n’est pas possible, mais comme on le met dans notre programme, on espère qu’après la victoire de Jordan Bardella ou de Marine Le Pen, ce sera possible. Et nous, on le revendique”, a-t-il ajouté, rappelant que la première mesure proposée en cas de victoire du RN à la présidentielle de 2027 est un référendum sur l’immigration.Le RN a déjà eu dans le passé des démêlés avec la justice dans ce domaine. En septembre 2024, trois cadres de l’époque ou ex-cadres du Front national (devenu RN), dont le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois, avaient été relaxés par le tribunal de Nanterre des faits de complicité de provocation à la discrimination par le biais du “guide de l’élu FN”, qui incitait à appliquer la “priorité nationale”.La Maison des Potes était déjà à l’origine de la plainte dans cette affaire. Dans ce dossier, le parquet avait requis six mois d’emprisonnement avec sursis et 10.000 euros d’amende à l’encontre de Steeve Briois et de l’ex-secrétaire nationale du Front national chargée des élus Sophie Montel, qui a quitté la formation en 2017.Une amende de 10.000 euros avait été demandée contre une autre cadre du RN, Marie-Thérèse Costa-Fesenbeck. Le ministère public avait estimé que ce “Petit guide pratique de l’élu municipal Front national” – édité avant les municipales de mars 2014 et dans lequel le FN recommandait à ses candidats “l’application” de “la priorité nationale dans l’accès aux logements sociaux” – comportait “une incitation claire à commettre cette distinction” entre Français et étrangers. Mais le tribunal avait finalement considéré que la “participation personnelle et volontaire” de Steeve Briois et de Sophie Montel dans la publication du guide sur un site internet n’avait pas été démontrée. Marie-Thérèse Costa-Fesenbeck avait été relaxée en raison d’une insuffisance de preuves démontrant sa responsabilité dans la publication.  

Marion Maréchal, la nièce en quête de l’héritage Le Pen

Dans une famille politique traditionnellement régie par le droit du sang, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen revendique sa part d’héritage. Au moment où sa tante joue sa survie devant la justice, et alors que Jordan Bardella se prépare à la remplacer, Marion Maréchal prend date, à quinze mois de la présidentielle.On n’échappe pas à son patronyme. Née Le Pen, lancée dans l’arène sous l’appellation Maréchal-Le Pen, l’ex-plus jeune députée de France avait “laissé de côté” ce “nom de guerre” après son retrait de la vie politique. Revenue dans le jeu, elle l’assume plus fièrement que jamais. Et le fait savoir.Tout est dit dans le titre de son essai, largement autobiographique, paru cette semaine. Cela aurait pu s’intituler “Au nom du grand-père”; elle a choisi “Si tu te sens Le Pen”, formule épistolaire signée de son aïeul, pour la pousser à conquérir la circonscription de Carpentras, en 2012, à seulement 22 ans.La voilà donc, à 36 ans, livrant le récit parfois intime d’une vie dans l’ombre portée du “Menhir”, sulfureux bâtisseur de l’extrême droite française obsédé par l’immigration et les juifs. Une sorte de confession qui rappelle celle de Marine Le Pen (elle aussi née Marion), à peu près au même âge, dans son premier ouvrage baptisé “A contre-flots”.Désormais l’extrême droite a le vent en poupe. Les temps ont changé, l’éditeur aussi: c’est dans l’opulence du Salon Haute Couture du Plaza Athénée (8e arrondissement de Paris) que la maison Fayard a organisé le lancement de sa nouvelle publication mardi soir.L’autrice rejoint ainsi l’écurie politico-littéraire du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, au côté des best-sellers Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy, Eric Zemmour et Jordan Bardella. Une union des droites sur étagère, qui peine encore à se concrétiser dans les urnes.Le président du Rassemblement national, flanqué de quelques lieutenants, était tout de même présent sous les lustres du palace parisien, pour saluer cette alliée héréditaire. Ne manquait que Marine Le Pen, “privée de soirée en raison d’un imprévu”, mais qui a souhaité à sa nièce “beaucoup de succès” avec ce manuscrit “sincère et sensible”.- Entretenir la flamme -Réconciliée avec sa tante, Marion Maréchal n’a cependant rien renié de sa ligne plus identitaire et libérale, qui la conduisit à quitter le Front national en 2017, puis à rejoindre l’aventure d’Eric Zemmour en 2022. Avant de revenir au bercail par la petite porte dans le fracas de la dissolution de 2024.Enième “trahison” d’une “opportuniste”, enrage encore le dirigeant de Reconquête, qui n’a toujours pas digéré la volte-face de sa tête de liste aux européennes.Chez les Le Pen en revanche, les offenses sont pardonnées. “On peut être touchée sans être dans un reproche éternel. De toutes façons, dans la famille nous avons le pardon facile”, assurait la tante Marine juste avant la trêve de Noël – alors que sa propre histoire avec son père disait le contraire.La mort du patriarche, début 2025, a sans doute oeuvré à ressouder le clan. La nièce Marion s’était fait remarquer par son hommage appuyé à ce “cher Daddy” dont elle avait juré de “relever la mission”. Tant pis pour la “dédiabolisation” du parti patiemment entreprise depuis que le fondateur, connu pour ses provocations qui lui ont valu plusieurs condamnations en justice, avait passé le relais à sa fille.Peu importe aussi l’ordre de succession acté par la triple candidate présidentielle, dont la quatrième tentative se joue depuis mi-janvier devant la cour d’appel de Paris. Si son inéligibilité était confirmée d’ici l’été, Jordan Bardella devrait “reprendre le flambeau”, a énoncé la patronne.Mais il faudra composer avec une Marion Maréchal déterminée à entretenir la flamme et à “veiller”, comme elle l’écrit, à ce que “cette conquête du pouvoir ne se (fasse) pas au prix des reniements”. Quitte à s’accommoder de ses affinités trumpistes, quand le parti tente de prendre ses distances avec l’imprévisible président américain.Forte d’une cote de popularité flatteuse dans tous les baromètres, la légataire de la marque Le Pen conclut comme on menace: “Ce vieux nom breton (est) une forme de garantie”. Plus littérale, sa tante l’avait déjà traduit en français: “Le Pen, ça veut dire le chef”. 

A Lyon, feu Gérard Collomb omniprésent dans la campagne électorale

Deux ans après sa mort, la figure de Gérard Collomb, ancien maire et ex-ministre de l’Intérieur, plane sur la campagne à Lyon, tous les candidats – y compris ses rivaux d’hier – s’inscrivant dans son sillage. Pendant près de vingt ans, ce socialiste devenu macroniste, décédé en novembre 2023 à 76 ans, a façonné la ville à travers ce qu’il appelait le “modèle lyonnais”, un développement urbain mêlant stabilité politique, attractivité économique et grands chantiers.De ce “maire bâtisseur” salué par le président Emmanuel Macron lors de ses obsèques, les Lyonnais retiennent l’émergence d’un nouveau quartier à la confluence de la Saône et du Rhône ou le vélo en libre-service.Ces derniers mois, le maire-sortant écologiste Grégory Doucet et son principal adversaire, l’ex-patron de l’OL Jean-Michel Aulas, soutenu par le centre et la droite, ont multiplié les hommages envers l’ancien édile. “Gérard Collomb a l’image largement répandue d’un bon maire. Aujourd’hui, tout le monde veut récupérer une partie de cette bonne image”, observe Gérard Angel qui a chroniqué pendant 15 ans les “potins” politiques lyonnais dans un journal satirique.Pourtant, Gérard Collomb est sorti par la petite porte au scrutin de 2020, ses listes ayant été balayées par une vague écologiste inédite, sur fond d’alliance controversée avec la droite entre les deux tours.- “Légitimité” -Grégory Doucet l’a battu, mais il le qualifie dès son investiture de “grand amoureux de Lyon”, et salue un “maire transformateur et humaniste” à son décès. Il inaugure aussi une place et une station de métro à son nom. “Il a été un grand maire, il faut le dire, et je lui ai rendu hommage pour cela mais nous n’étions pas toujours d’accord”, nuance l’écologiste dans un échange avec l’AFP, revendiquant une “ligne de continuités et de ruptures”.Sa majorité a ainsi repris plusieurs des projets de Gérard Collomb, comme la transformation des quartiers de la Part-Dieu et de La Confluence, avec plus d’arbres et de vélos toutefois. Et elle a dit niet à un projet routier visant à boucler le périphérique lyonnais par l’ouest.Par ces égards, M. Doucet a cherché “à s’approprier une forme de légitimité”, à “contrecarrer le stigmate du militant écologiste déconnecté des réalités”, explique à l’AFP Romain Meltz, politologue et chercheur associé à l’ENS de Lyon.”Quand on est élu, on a une responsabilité de s’appuyer sur ce qui a été fait” par nos prédécesseurs, souligne pour sa part Bruno Bernard, le président écologiste de la Métropole de Lyon, une collectivité façonnée par et pour Gérard Collomb.”C’est ça l’efficience d’une politique publique”, poursuit l’élu, qui préfère le terme de “successeur” à celui “d’héritier”.- “Intéressée” -En face, Jean Michel Aulas, novice politique à 76 ans, revendique pleinement avoir “été très proche de Gérard Collomb”.Patron de l’OL et de la compagnie de logiciels Cegid pendant des décennies, il a beaucoup fréquenté l’ancien maire de Lyon. Leur relation tenait à un “même logiciel sur le rayonnement urbain par l’entreprise”, selon M. Meltz.Les deux hommes ont aussi collaboré pour la construction d’un grand stade à l’est de Lyon, inauguré il y a dix ans, vitrine de l’OL et de la ville à l’international, dans une relation “intéressée”, selon Gérard Angel.Alors quand Jean-Michel Aulas commence à penser à la mairie, il prend le soin de s’afficher avec l’ex-gymnaste Yann Cucherat, ancien adjoint et allié de M. Collomb aux élections de 2020.”Lyon, c’est Gérard Collomb et son humanisme bâtisseur !”, lance-t-il ensuite lors de son premier meeting. Et avec son alliée LR à la Métropole, Véronique Sarselli, il ressort des cartons le projet d’une cinquième ligne de métro, hérité de l’ère Collomb et abandonné par les écologistes.Pour ceux qui furent proches du Gérard Collomb socialiste, la pilule est dure à avaler. Le conseiller métropolitain Louis Pelaez, qui quittera la politique en mars, a ainsi déploré “toute forme de récupération” du nom du défunt.

Quatre mois de débats pour un 49.3: les députés s’interrogent sur le parlementarisme

Une séquence budgétaire harassante et un dernier recours à l’arme du 49.3 vendredi. Loin d’avoir vécu le “moment parlementaire” espéré, les élus se divisent sur les constats comme sur les solutions à apporter.Sur le perron de Matignon début octobre, Sébastien Lecornu solennise le contexte de son renoncement au 49.3: “Je pense que nous sommes dans le moment le plus parlementaire de la Ve République”.Quatre mois plus tard, s’il considère que cet outil constitutionnel ne “pourra plus être un réflexe”, le Premier ministre sera pourtant contraint d’y recourir comme ses prédécesseurs pour faire passer le budget de l’État à la faveur d’une non-censure négociée avec le Parti socialiste.Ce scénario n’avait jamais vraiment quitté la table faute de majorité, sur un texte qui détermine traditionnellement qui soutient ou non le gouvernement. Mais la conclusion est amère pour tout le monde, après “350 heures” de débats.- “Sclérose” -“C’était un drôle de pari, et ça n’a rien changé ensuite sur la nature des discussions”, se remémore Frédéric Valletoux, président Horizons de la commission des Affaires sociales. S’il reconnaît que le Premier ministre a hérité d’une situation “impossible”, le député regrette une “méthode” qui a trop laissé le stylo au Parlement sur le budget: “La commission des Finances c’est vingt administrateurs, celle des Affaires sociales, quinze. Comment voulez-vous qu’on fasse un budget satisfaisant ?”.Sébastien Lecornu a toutefois une victoire: le budget de la Sécurité sociale a bien été adopté par un vote dans l’hémicycle. Une première sous ce quinquennat.”À ce moment-là on pouvait se dire que le Parlement a réussi à s’imposer et à changer ses pratiques”, mais les concessions des oppositions “cachaient une volonté de n’en trouver aucune sur le budget de l’État”, déplore Erwan Balanant, député MoDem.Dès lors deux questions taraudent: le Parlement va-t-il trouver une manière plus satisfaisante de débattre des budgets ? Et comment ?”Ce que démontre cette séquence c’est que le parlementarisme est incompatible avec la Ve République”, tranche l’écologiste Sandrine Rousseau pour qui les “postures” liées à la présidentielle ont engendré “une sclérose parlementaire”.Un constat en partie partagé par Philippe Brun, député PS. “Si vous voulez vraiment du parlementarisme il faut supprimer l’élection présidentielle et renoncer au 49.3”, analyse-t-il, plaidant dans ce cas-là pour “interdire” les gouvernements minoritaires en rendant obligatoire le vote de confiance.- “Acteurs” -Coordinateur de LFI, Manuel Bompard ne croit pas à une “tripartition politique” qui durera “pour toujours”, mais réfléchit à un mode de scrutin qui renouvelle le Parlement. Comme sur une proportionnelle “avec un système d’apparentement”, permettant à chaque formation politique de concourir sous ses couleurs, mais en annonçant au préalable avec qui elle va additionner ses sièges pour former une coalition.Autre réflexion: “une prime majoritaire pour la coalition arrivée en tête, si elle atteint un score minimal, par exemple 40%. Si elle fait moins, vous ne pouvez pas considérer que le pays a voulu une majorité”, élabore le député.Toujours est-il qu’une réforme constitutionnelle, ou même un changement du mode de scrutin par une loi simple, seraient une gageure d’ici 2027, tant les positions divergent.”Le problème n’est pas la Constitution, c’est d’abord l’état d’esprit politique”, relève Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée.S’il estime qu’en cas d’entrée de l’extrême droite à l’Élysée, les électeurs à la recherche d’une “rupture” pourraient redonner à l’Assemblée une majorité nécessaire, il plaide pour ne “surtout pas écraser les oppositions”.”Même si vous êtes en majorité absolue il faut considérer que les lignes politiques entrant au Parlement sont représentatives de la population” et “même stratégiquement ce n’est pas bon de chercher à écraser”, poursuit ce proche conseiller de Marine Le Pen. Il juge toutefois impératif de “tout revoir” sur la procédure budgétaire.En marge de l’un des recours au 49.3 en janvier, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet avait déclaré: “C’est la démocratie (…) qui perd aujourd’hui”. La députée Renaissance a ainsi lancé une mission de réflexion à l’Assemblée pour que ce budget soit “le dernier discuté de cette façon-là”, souhaitant réformer le règlement ou les lois régissant la procédure budgétaire.Un député se montre toutefois circonspect: “la loi est bien écrite, le problème ce sont les acteurs”.