Près de Strasbourg, la difficile préservation du riche patrimoine brassicole

A Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg, élus et militants passionnés s’efforcent de sauvegarder le précieux héritage industriel de l’ancienne “cité des brasseurs” alsacienne, où la fin de la production de bière fin 2025 par Heineken a ouvert une vaste friche.La noria des camions a cessé devant le site de l’ancienne “Espérance”, une des cinq brasseries historiques de cette municipalité, que le groupe néerlandais avait acquise au début des années 70. Terminées aussi les odeurs de fermentation qui baignaient parfois les quartiers alentours.La décision annoncée en 2022 du géant d’Amsterdam fut, selon la maire Danielle Dambach, “un coup dur” qui s’est soldée par la perte de 220 emplois et la fermeture de la dernière grande brasserie en activité de la ville.Elle a aussi nourri l’amertume envers le groupe, qui avait déjà racheté deux autres grandes brasseries, Fischer et Adelshoffen, pour finalement les fermer. “Heineken a vampirisé Schilick”, appellation familière de la commune, estime l’édile écologiste auprès de l’AFP.A l’Espérance – qui fabriquait historiquement la bière Ancre – Fischer et Adelshoffen s’ajoutaient Perle et Schutzenberger. Ces dernières ont mis la clé sous la porte, au début des années 1970 pour la première, en 2006 pour la seconde, victimes notamment de la mondialisation du secteur et d’une concurrence accrue. – “Cathédrales industrielles”Ces entreprises marquent la mémoire de la ville mais aussi son paysage urbain, comme la malterie de Fischer et ses deux cheminées ou les bâtiments de style néo-médiéval allemand de Schutzenberger, des édifices en partie protégés par leur classement aux monuments historiques.De village, Schiltigheim s’est transformé au milieu du XIXe siècle en prospère ville industrielle après l’installation sur son territoire des cinq brasseries.Les grands patrons à l’époque “voulaient faire de belles usines, (…) ce sont un peu des cathédrales industrielles”, explique Jean-Pierre Nafziger, ancien professeur d’histoire et président de l’association Mémoire et Patrimoine de Schiltigheim.Pour lui, il est important de “garder une trace de ce passé”, qui constitue l’ADN de la ville, où fourmillaient aussi d’autres industries, comme les tonneliers, les chaudronniers et l’industrie alimentaire.Mais les intérêts s’affrontent avec d’un côté une commune et des pouvoirs publics soucieux de réhabiliter des sites – des processus long et coûteux -, et de l’autre les propriétaires qui veulent rentabiliser rapidement leur terrain dans l’immobilier, mais ont besoin pour cela de l’aval de la ville.Dans le passé, la confrontation avec Heineken fut rude, raconte la maire. Notamment pour le site Fischer, où est né un quartier de 600 logements -au lieu de 1000 initialement envisagés- autour de la malterie finalement sauvée, qui devrait héberger un complexe cinématographique.Perle fut rasée dans les années 80, Adelshoffen presque entièrement détruite dans les années 2000.- “Dernière chance”Pour Schutzenberger, aux mains d’un groupe immobilier, il aura fallu attendre près de vingt ans avant que, face à la dégradation des bâtiments, un projet de rénovation émerge fin 2025 pour créer logements, restaurants et commerces sur le site de 2,7 hectares.Si l’immobilier aura sans doute aussi sa part sur le vaste terrain de 13 hectares de Heineken/Espérance, les autorités publiques insistent d’ores et déjà sur la création d’espaces verts, d’un collège ou d’une activité économique.Le groupe néerlandais a indiqué à l’AFP ne pas avoir “à ce stade identifié de solution de reconversion pour le site”, par l’entremise de son service de communication en France.”Recréer une vie, ça se réfléchit, ça prend du temps”, souligne Mme Dambach. L’important à ce stade consiste surtout à superviser le démantèlement et dialoguer avec le propriétaire, dit-elle.  Pour le collectif La Cité des Brasseurs Schiltigheim, créé en 2024, la fermeture du site avec sa célèbre salle de brassage classée aux monuments historiques, constitue “la dernière chance” de créer ce qui fait défaut à l’Alsace: un “lieu public -à mi-chemin entre le musée et le loisir-” dédié à l’histoire et à la culture brassicole.”On sera sévèrement jugé par les générations futures si on n’est pas en mesure aujourd’hui de faire quelque chose pour sauvegarder ce patrimoine”, explique à l’AFP Maxence Creusat, l’un des fondateurs de ce collectif de bénévoles, apolitiques et passionnés, qui entend proposer un projet dans ce sens.Car pour lui, “si on ne fait rien aujourd’hui, c’est simple, dans 50 ans, il n’y aura plus rien”.
A Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg, élus et militants passionnés s’efforcent de sauvegarder le précieux héritage industriel de l’ancienne “cité des brasseurs” alsacienne, où la fin de la production de bière fin 2025 par Heineken a ouvert une vaste friche.La noria des camions a cessé devant le site de l’ancienne “Espérance”, une des cinq brasseries historiques de cette municipalité, que le groupe néerlandais avait acquise au début des années 70. Terminées aussi les odeurs de fermentation qui baignaient parfois les quartiers alentours.La décision annoncée en 2022 du géant d’Amsterdam fut, selon la maire Danielle Dambach, “un coup dur” qui s’est soldée par la perte de 220 emplois et la fermeture de la dernière grande brasserie en activité de la ville.Elle a aussi nourri l’amertume envers le groupe, qui avait déjà racheté deux autres grandes brasseries, Fischer et Adelshoffen, pour finalement les fermer. “Heineken a vampirisé Schilick”, appellation familière de la commune, estime l’édile écologiste auprès de l’AFP.A l’Espérance – qui fabriquait historiquement la bière Ancre – Fischer et Adelshoffen s’ajoutaient Perle et Schutzenberger. Ces dernières ont mis la clé sous la porte, au début des années 1970 pour la première, en 2006 pour la seconde, victimes notamment de la mondialisation du secteur et d’une concurrence accrue. – “Cathédrales industrielles”Ces entreprises marquent la mémoire de la ville mais aussi son paysage urbain, comme la malterie de Fischer et ses deux cheminées ou les bâtiments de style néo-médiéval allemand de Schutzenberger, des édifices en partie protégés par leur classement aux monuments historiques.De village, Schiltigheim s’est transformé au milieu du XIXe siècle en prospère ville industrielle après l’installation sur son territoire des cinq brasseries.Les grands patrons à l’époque “voulaient faire de belles usines, (…) ce sont un peu des cathédrales industrielles”, explique Jean-Pierre Nafziger, ancien professeur d’histoire et président de l’association Mémoire et Patrimoine de Schiltigheim.Pour lui, il est important de “garder une trace de ce passé”, qui constitue l’ADN de la ville, où fourmillaient aussi d’autres industries, comme les tonneliers, les chaudronniers et l’industrie alimentaire.Mais les intérêts s’affrontent avec d’un côté une commune et des pouvoirs publics soucieux de réhabiliter des sites – des processus long et coûteux -, et de l’autre les propriétaires qui veulent rentabiliser rapidement leur terrain dans l’immobilier, mais ont besoin pour cela de l’aval de la ville.Dans le passé, la confrontation avec Heineken fut rude, raconte la maire. Notamment pour le site Fischer, où est né un quartier de 600 logements -au lieu de 1000 initialement envisagés- autour de la malterie finalement sauvée, qui devrait héberger un complexe cinématographique.Perle fut rasée dans les années 80, Adelshoffen presque entièrement détruite dans les années 2000.- “Dernière chance”Pour Schutzenberger, aux mains d’un groupe immobilier, il aura fallu attendre près de vingt ans avant que, face à la dégradation des bâtiments, un projet de rénovation émerge fin 2025 pour créer logements, restaurants et commerces sur le site de 2,7 hectares.Si l’immobilier aura sans doute aussi sa part sur le vaste terrain de 13 hectares de Heineken/Espérance, les autorités publiques insistent d’ores et déjà sur la création d’espaces verts, d’un collège ou d’une activité économique.Le groupe néerlandais a indiqué à l’AFP ne pas avoir “à ce stade identifié de solution de reconversion pour le site”, par l’entremise de son service de communication en France.”Recréer une vie, ça se réfléchit, ça prend du temps”, souligne Mme Dambach. L’important à ce stade consiste surtout à superviser le démantèlement et dialoguer avec le propriétaire, dit-elle.  Pour le collectif La Cité des Brasseurs Schiltigheim, créé en 2024, la fermeture du site avec sa célèbre salle de brassage classée aux monuments historiques, constitue “la dernière chance” de créer ce qui fait défaut à l’Alsace: un “lieu public -à mi-chemin entre le musée et le loisir-” dédié à l’histoire et à la culture brassicole.”On sera sévèrement jugé par les générations futures si on n’est pas en mesure aujourd’hui de faire quelque chose pour sauvegarder ce patrimoine”, explique à l’AFP Maxence Creusat, l’un des fondateurs de ce collectif de bénévoles, apolitiques et passionnés, qui entend proposer un projet dans ce sens.Car pour lui, “si on ne fait rien aujourd’hui, c’est simple, dans 50 ans, il n’y aura plus rien”.